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Alan Stivell

Alan Stivell
S'il a connu ses plus belles heures de gloire dans les années 70, le musicien-chanteur Alan Stivell a su rebondir au cours des dix dernières années et reste un des chefs de file internationaux de la culture musicale celtique. Né en Auvergne (Riom) mais d'une famille d'origine bretonne, le petit Alan  découvre en 1953 - à 9 ans - une harpe celtique reconstituée à l'ancienne par son père. Il s'y initie sérieusement ainsi qu'à des instruments traditionnels comme la bombarde et la cornemuse, étudie la mythologie et l'art celtes, et dès 1960 consacre son premier album à la fameuse harpe. Il y ajoute ensuite le chant et profitant de la vague folk propice à une quête d'identité régionale, il va toucher un large public jeune, en particulier avec l'album de 1971, Renaissance de la harpe celtique, où figurent des musiciens émérites du moment : le guitariste électrique Dan Ar Braz, le bassiste Michel Santangelli, le chanteur Gabriel Yacoub, futur leader du groupe Malicorne. Mélangeant tradition, recherche et modernité en s'appuyant sur une vraie carrière internationale, le moderne barde va enregistrer une vingtaine d'albums (notamment La Symphonie celtique en 1980 et Au-delà des mots en 2002), collaborer avec des artistes de sensibilités multiples (Kate Bush, Shane MacGowan  des Pogues, Doudou N'Diaye Rose, Laurent Voulzy, Youssou N'dour, Khaled, Jim Kerr de Simple Minds, Paddy Moloney des Chieftains, Gilles Servat, Tri Yann...) et rester une figure marquante régulièrement invitée dans des manifestations emblématiques comme le Festival Interceltique de Lorient et la Nuit Celtique au Stade de France.

I Muvrini

I Muvrini

Quand on voit le succès national et international du groupe créé par les frères Bernardini (Jean-François et Alain) et dont le premier album est sorti en 1979, on n'imagine pas ce qu'il a fallu de courage et d'obstination. Traités de "ringards" et autres gracieusetés pour avoir la prétention de défendre la tradition musicale corse, tout en poursuivant une démarche citoyenne, "partisane" même au début, ces "mouflons"-là (traduction de "I muvrini") n'ont commencé à vivre de leur métier qu'à partir de 1996, 4 ans après leur premier Zénith, et avec déjà une quinzaine de disques à leur actif. Avant cette période marquée par une Victoire de la Musique du meilleur album de musique traditionnelle, ils avaient cependant acquis la reconnaissance de pairs nommés Jacques Dutronc, Michel Fugain ou Véronique Sanson, d'autres artistes se révélant à leur tour gourmands d'associer leur chant à ces voix magnifiques, de Serge Reggiani à Lluis Llach ou Sting, jusqu'à Cheb Mami et Stephan Eicher dans leur album Umani (Humains) de 2002. Quant aux purs et durs qui leur reprochent parfois d'avoir modernisé ici et là l'instrumentation, Jean-François Bernardini répond : "Moi, je fais de la musique, pas de la musicologie."

Tino Rossi

Tino Rossi
Constantin Rossi est né le 29 avril 1907 à Ajaccio, dans une famille d’artisans. Son père, tailleur, aimerait bien le voir reprendre l’affaire familiale, mais le jeune homme montre vite des dispositions pour le chant, s’illustrant notamment en chantant à l’église. Rapidement convaincu de sa vocation, il se rend sur la Côte d’Azur et remporte des concours en amateur. Mais les temps sont durs et « Tino » est obligé pour vivre d’exercer divers emplois (plongeur, employé au service des hypothèques de la ville de Nice), les cachets dans les cabarets de la Côte ne nourrissant pas leur homme. Revenu en Corse après quelques déceptions personnelles et un mariage aussi précoce qu’éphémère, il entre grâce à ses parents comme employé au casino d’Ajaccio. Mais si les parents Rossi espèrent voir leur fils se ranger, ils en sont pour leurs frais : Tino retraverse rapidement la Méditerranée et repart sur la route des cachets. Travaillant entre Marseille et Aix-en-Provence, il commence à remporter un certain succès, notamment auprès du public féminin, très sensible à son charme latin et à son registre romantique.

Une rencontre avec un représentant des disques Parlophone permet à Tino Rossi d’entrouvrir la porte du vedettariat : venu à Paris pour enregistrer des titres, le jeune chanteur sort en 1932 son premier 78-tours, comportant deux chansons : « O Ciuciarella » et « Ninni Nanna ». Le disque ne remporte pas un succès particulièrement flamboyant, mais permet à Tino Rossi d’accéder aux grandes scènes du sud de la France, notamment à l’Alcazar de Marseille. C’est le début d’une série de récitals qui vont lui permettre progressivement d’asseoir sa notoriété. L’année suivante, le label Columbia prend Tino Rossi sous son aile : c’est le début d’une ascension météorique pour le jeune corse, dont le physique typé et la voix de velours correspondent à la mode du moment, toujours pas remise du passage de Rudolph Valentino sur les écrans.

Tino Rossi tâte d’ailleurs du cinéma, et fait rapidement des apparitions dans plusieurs films, tenant notamment des petits rôles musicaux. Mais c’est sous les feux du music-hall que la nouvelle idole des jeunes se fait réellement les dents : après s’être produit à l’ABC, il est embauché pour participer à la revue Parade de France, consacrée aux folklores régionaux ; il tient bien évidemment le rôle du chanteur corse. Le 14 octobre 1934, Tino Rossi triomphe à la première de la revue en interprétant des chansons du compositeur provençal Vincent Scotto. C’est le début d’une longue et fructueuse collaboration entre les deux hommes. Le jeune chanteur a trouvé le registre qui lui permettra de demeurer en haut de l’affiche : romantique et séducteur, d’une tendresse langoureuse, et basé en grande partie sur des origines corses désormais fièrement revendiquées, le chant de Tino Rossi conquiert le public des années 1930.

Il participe ensuite à une tournée, au cours de laquelle il côtoie notamment la grande chanteuse Damia. Tino commence de partager l’affiche avec de grandes vedettes de l’époque, comme Jean Sablon, Mireille ou Pills et Tabet. En 1935, c’est un nouveau triomphe dans la revue Tout Paris chante. Le disque « Adieu Hawaï » est l’un des grands succès de l’année. Mais si la radio et la scène ont lancé sa carrière, c’est le cinéma qui va lui permettre d’achever la conquête des spectateurs (et notamment des spectatrices). En 1936, il tient le rôle principal du film Marinella, bluette musicale aujourd’hui bien désuète, mais qui remporte un succès remarquable et permet au public de découvrir sur ses écrans le physique avantageux de Tino. Il récidive l’année suivante avec le film Naples au baiser de feu et décroche au passage le cœur de sa partenaire, la belle Mireille Balin ; l’idylle des deux partenaires est une aubaine pour la presse, qui intronise Tino Rossi séducteur à la ville comme à l’écran. Le Casanova d’Ajaccio se paie le luxe de traverser l’Atlantique, donnant des récitals en Amérique du Nord, où l’un de ses titres, « Vieni vieni », remporte en 1938 un succès commercial foudroyant.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Tino Rossi continue sa carrière de chanteur et de comédien, son activité au cinéma lui prenant même un peu trop de temps pour ne pas empiéter sur ses enregistrements de chanson. Dans Fièvres, réalisé en 1941 par Jean Delannoy, il s’essaie à un registre plus dramatique, mais la plupart de ses films sont essentiellement des bluettes ensoleillées et musicales, destinées à mettre en valeur son physique d’Apollon méridional, ses belles dents blanches et sa voix de velours : Le Soleil a toujours raison, Le Chant de l’exilé et autres Mon Amour est près de toi. Pour avoir continué à exercer son métier durant l’Occupation, Tino Rossi est arrêté en 1944 et passe quelques jours à la prison de Fresnes. Mais il est très rapidement blanchi et reçoit même en prime, fait relativement rare en ces temps d’épuration bête et brutale, les excuses du gouvernement.

En 1946, Tino Rossi enregistre « Petit Papa Noël », un chanson pour enfants : il est loin de se douter que ce titre bien innocent va, grâce à sa mélodie émouvante, devenir son principal classique. Reprise par tous les enfants, rééditée tous les ans et donc rapidement incontournable en période de fêtes de fin d’année, « Petit Papa Noël » devient un standard universel de la chanson française, représentant à elle seule 10% de la masse des disques vendus par Tino Rossi au cours de sa carrière.

Infatigable, professionnel de la pointe de ses cheveux gominés jusqu’au bout de ses ongles manucurés, Tino Rossi enregistre sans arrêt, se montrant un chanteur hyperactif malgré ses airs indolents. Toujours sur un registre romantique, il déroule la panoplie intégrale des folklores latins, se distinguant dans les registres du tango ou de la chanson sud-américaine. Malgré quelques apparitions dans des films (comme Si Versailles m’était conté, où il tient le rôle d’un gondolier chantant qui a l’honneur de faire naviguer Louis XVI sur les canaux de Versailles), Tino Rossi délaisse progressivement le cinéma. Un peu âgé pour jouer les jeunes premiers, peu intéressés par les rôles de « pères nobles » que son registre romantique lui promettait, Tino décide de se continuer à satisfaire son goût pour la comédie en se tournant vers l’opérette. Ayant abordé le genre assez tardivement, à 48 ans, il en devient rapidement l’une des vedettes, grâce à l’énorme succès du spectacle Méditerranée (1955), qui lui donne également l’occasion d’enregistrer l’un de ses standards, sur des paroles de Raymond Vincy. On le retrouve sur scène avec des spectacles comme. Le Temps des guitares » et Le Marchand de soleil.

Très présent à la télévision, Tino Rossi reste également un grand habitué des studios d’enregistrement, sortant des disques avec une grande régularité et se permettant en 1978 de faire un pied de nez à l’âge qui avance avec le disque « La Vie commence à 60 ans ». Petite coquetterie, car Tino en a désormais 70 et que le poids des ans a fini par lui rendre le rythme des spectacles difficile. En 1982, à 75 ans, Tino Rossi décide de terminer sa carrière en beauté par une série de concerts d’adieux au Casino de Paris ; il reste trois mois sur scène, face à une salle pleine chaque soir, et se paie même le luxe d’être nommé Commandeur de la Légion d’Honneur par le Président de l’époque, François Mitterrand. Les adieux n’ayant bien souvent pour les artistes qu’une valeur symbolique, Tino Rossi semble décidé à jouer les prolongations et signe un nouveau contrat de cinq ans avec le label Pathé Marconi ; mais, le 26 septembre 1983, il est emporté par un cancer.

Interprète d’un monde ensoleillé, Tino Rossi aura été le compagnon de route d’une génération de spectateurs amateurs de chansons d’amour roses et pures, où le sort sourit aux amoureux et où les prés sont des champs de fleurs. Qu’on l’aime ou qu’on le voue aux gémonies, Tino Rossi a incarné la tête haute une tradition immaculée de la chanson romantique et du music-hall français, où le principal demeurait de rendre les spectateurs heureux. Rien que pour cela, on se remettrait volontiers à entonner « Marinella ».

Copyright 2012 Music Story Nikita Malliarakis

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I Muvrini

Imaginà

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Deux ans après leurs précédentes sessions, les chanteurs les plus populaires de l'île de Beauté - et parmi les plus virtuoses en matière de polyphonies - occupent de nouveau le front de scène, grâce à quatorze chansons composant le programme d'un dix-septième album enregistré tour à tour en Corse et en Allemagne.

L'option universelle d'Imagina est évidente, dans son utilisation tour à tour d'une dizaine d'idiomes différents, car ici l'anglais, le français, et des langues amérindiennes cohabitent avec l'arabe, des dialectes africains, et, naturellement, le corse. En outre, l'album réunit des titres sélectionnées par les frères Bernardini et leurs musiciens dans un catalogue de plus du double de mélodies.

Sans surprise, les textes déclinent les options humanistes clairement identifiées depuis les débuts du groupe : ce sont bien la compréhension entre les peuples, la prédominance de l'enracinement, la nécessité de veiller à la protection de toutes les cultures qui alimentent les différents titres. Et c'est sans surprise, non plus, qu'on retrouve dans les harmonies des musiques inspirées de la colère pacifiste des Indiens d'Amazonie expropriés, de Jean-Sébastien Bach, et de cette world music qui chante sa terre pour mieux abolir les frontières.

Une musique plus vaste que ses propres refrains, méditatives mais riche d'une indéniable force tellurique, stratifiée car riche des personnalités jointes de tous ses créateurs, et une nouvelle indubitable réussite pour I Muvrini.

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I Muvrini

Gioia

Gioia
La différence majeure entre Tino Rossi et I Muvrini, c'est que les deuxièmes sont des artistes corses, c'est-à-dire des musiciens qui sont parvenus, dans leur universalité, à mettre l'Île de Beauté au centre des musiques du monde, sans rien perdre de leur identité, ni de leur capacité d'écoute. Cela semble facile, énoncé comme cela, mais relève en fait d'un humanisme et d'une attention de chaque instant.

Ainsi, après le disque d'or de I Muvrini et les 500 Choristes (2007), les frères Bernardini confirment ce qui éclate, pour une fois, d'une somptueuse justesse dans les déclarations officielles, à savoir que, plus qu'à l'affirmation de leur culture, I Muvrini ont toujours cru à « l'entre culture », aux liens entre la culture et les hommes.

Enregistré dans leur studio high tech de Tagliu Isulaccia (si vous pensez que la structure est installée en Haute Corse, vous avez gagné), ce nouvel album met exactement en application ce principe d'universalité : en ouverture, « Inseme Si Pó » résonne des harmonies des dolmens, pour un hommage à un militant altermondialiste...brésilien, le genre de refrains propice à faire dresser les poings, et se déployer les poumons.

Pour suivre, Grand Corps Malade glisse dans un flow liquide et ondoyant son évocation des cicatrices du monde ouvrier, avant de s'effacer devant le discours duel (Écoute...On est des milliers de frères), et la majesté des ch?urs de ce peuple rayonnant sur une terre nouvelle (« Una Terranova »). Thomas Dutronc est venu en voisin pour faire entendre sa guitare voyageuse, enrichie de tous les accordéons de Sardaigne et de Sicile, lui qui, comme c'est curieux, n'a jamais eu la moindre difficulté à arpenter petit garçon les sentiers du maquis. Toute la grâce d'I Muvrini reste à la fois de rendre grâce aux anciens sur un rythme hip hop (« Ti Dicu Di Tú »), et de conclure ce (presque) trentième album par quelques notes chipées au patrimoine des chants traditionnels.

On ne peut considérer les musiques d'I Muvrini simplement comme une collection d'airs aimables. Mais le groupe ne s'abrite pas derrière sa forte identité (on dira : pour le moins) pour dissimuler la vacuité d'une quelconque absence de pertinence. Le sens des chansons, le sang de la terre : et si l'on appelait cela, tout simplement, le talent ?

GoodDeal

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I Muvrini Et Les 500 Choristes

I Muvrini Et Les 500 Choristes
Nouveau Disque d’or pour I Muvrini, qui poussent assez loin leur goût des rencontres musicales en collaborant cette fois avec l’ensemble cyclopéen des 500 choristes. On pouvait craindre un disque niais et consensuel, surfant poussivement sur la vague des chorales, mais l’album s’avère une réussite de premier plan, maîtrisant à merveille l’effectif musical et réussissant même les reprises de standards comme « Streets of Philadelphia ».

Les participations d’artistes comme Anggun ou Tina Arena et le « choc des titans » que représente la collaboration du London Symphony Orchestra donne à cet album un aspect opératique et choral aussi surprenant que bien amené.

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