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Débutant avec les envolées shoegaze de « Faith Unfolds » et se terminant avec le plus long (et le meilleur ?) de ses morceaux, « White Chapel » , Again Into Eyes ne se préoccupe pas des influences qui l'accaparent pourtant ostensiblement - Jesus & the Mary Chain, Nick Cave, The Cure... Car S.C.U.M. est bien déterminé à imposer son propre langage, aussi renseigné que référentiel, à son public.
Qu'importe ceux qui jugeront le chanteur, Thomas Cohen, beaucoup trop maniéré : porter les stigmates de siècles de poésie anglaise torturée pèsent forcément sur les frêles carcasses des jeunes membres du groupe britannique. Long poème rock, pesant et doux à la fois, harmonisé par le producteur Ken Thomas (David Bowie, Cocteau Twins, Sigur Ros), Again Into Eyes détient des morceaux d'une qualité incontestable.
S'écoulent la pensive « Days Untrue », l'aérienne « Cast Into the Seasons », l'oppressante « Requiem », la lancinante « Sentinel Bloom »: des chansons ténébreuses, viscéralement synthétiques, flirtant avec l'esthétique post-punk. Remarquablement construites, elles témoignent cependant de la jeunesse des post adolescents qui constituent S.C.U.M. L'atmosphère d'« Amber Hands » saisit à bras le corps l'auditeur, « Summon the Sound » est hautement qualifiable de tube indie par excellence. En bons chauvins, il serait difficile d'ignorer la poésie et la profondeur de « Paris » , ballade d'une extrême et séduisante mélancolie.
Enfin, il est aisé de comprendre que la basse démoniaque, les rythmes syncopés et les échos fervents de « White Chapel » aient pu faire leur petit effet à la Whitechapel Art Gallery de Londres, où le morceau fut présenté pour la première fois, dans le cadre d'une performance des artistes Tim Noble et Sue Webster. Un cadre somme toute idéal, par son intellectualisme et sa proximité avec les bas-fonds londoniens...
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C'est ce qui s'appelle un véritable disque pop, d'une pop généreuse - et pas prétentieuse pour un sou. Une pop bien française mais assumant ses influences anglo-saxonnes. Cette pop, c'est celle qu'Housse de Racket avait commencé à cultiver, laborieusement peut-être, sur son premier album, Forty Love (2008). Après des mois de tournée et de réflexion, le duo français originaire de Chaville choisit de faire appel à Philippe Zdar, moitié de Cassius de plus en plus férue de ses activités de producteur.
La production, aussi impeccable soit-elle, ne fait pas tout. Force est de constater un beau travail de composition, et des titres - ou plutôt des tubes, d'une efficacité assez rare dans la pop hexagonale. Il y a « Human Nature », qui ouvre avec majesté ce second opus. Un peu après, « Château », premier single de l'album, au refrain entêtant, à la timide guitare et aux beats résolument martelés. Plus loin encore, on succombe au charme de « Chorus » et ses envolées. Au centre du disque, il y a « Alesia », qui a donné son nom à l'album. Le titre brille d'une épique qui réussit - par miracle, et tant mieux - à ne pas céder sous le poids de son épique forcené.
Enfin, le trio gagnant « Les Hommes et les femmes », « Aquarium » et « Empire » achèverait de convaincre le plus obstinés des dubitatifs. Si le premier de ces titres bénéficie d'un charme quasi spatial et le troisième d'échos de pop british seventies des plus savoureuses, le second s'avère un vrai trésor pop, dans la lignée de Taxi Girl. Des paroles ultra mélancoliques « dans ma baignoire je me noie, oubliez moi») et une mélodie rythmée, presque enjouée, font jouer un contraste beaucoup moins simple qu'il en a l'air.
Cette dernière remarque s'applique à l'ensemble d'Alésia, faussement facile, réellement ambitieux. Et qui mélange, sans tabous ni complexes, les langues anglaise et française, nous livrant un bel exemple de ce qui fut appelé la French Touch, et qui n'est visiblement pas disparue. Avec ce second album réfléchi et hautement mélodique, Pierre Leroux et Victor Le Masne, alias Housse de Racket, s'inscrivent dans le sillon de leurs aînés surdoués de la pop comme Air ou encore Phoenix. Et peuvent aisément tenir tête à des concurrents bel et bien britanniques. À suivre, et à soutenir.
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C'est ce qui s'appelle un début éclatant - dans tous les sens du terme. « Honey Bunny » trempe immédiatement l'auditeur dans le bain de Girls, ce bain de mélancolie arachnéenne et d'enchantement éphémère dans lequel il est bon de se prélasser... Une excellente introduction à l'un des premiers grands moments du disque : « Alex », que Kevin Shields peut regretter de ne pas avoir écrit - et pourtant, il aurait pu. Avec un peu plus de tristesse, avec un peu plus de légèreté. En regardant moins ses pieds et en fixant les étoiles, Christopher Owens révèle encore une fois pleinement l'étendue de son talent, écorché vif et pourtant structuré, réfléchi, quasi minutieux.
Après un premier album, Album (2009), et le virage amorcé du maxi Broken Dreams Club (2010), Father, Son, Holy Ghost ne rallie que les avantages du début de célébrité auquel Girls a été confronté. Christopher Owens et son fidèle comparse Chet « JR » White se sont entourés de nouveaux musiciens, dont le brillant guitariste John Anderson, et se sont octroyé des vraies sessions d'enregistrement à Los Angeles.
Plus à l'aise, sans l'obligation d'occuper plusieurs instruments à la fois, Owens a laissé s'épanouir orchestralement, autant qu'il le souhaitait, ses compositions - déjà suffisamment expressives pour titiller les glandes lacrymales. Car ici, l'amour s'impose comme salvateur, évident remède contre la solitude mais aussi contre la mésestime de soi et la peur du lendemain. Visiblement rasséréné par la bonne réception de sa musique et par un nouvel amour, le crooner Owens se découvre également maestro. Et peut se hisser à la même hauteur qu'un certain Brian Wilson.
Le hard-rock doublé de psychédélisme de « Die », l'ironie ciselée du faussement gentil « Saying I Love You », la tendresse électrique de « My Ma » ou encore l'envolée gospel du superbement polymorphe « Vomit » ne tolèrent que d'excellents voisins. Parmi lesquels se détachent la vulnérabilité de « Just a Song », l'euphorie saisissante de « Magic » (l'un des derniers titres écrits par Owens) et la délicatesse cristalline de « Jamie Marie » - dont l'orgue Hammond ravira le c?ur de beaucoup. Si la voix d'Owens, terriblement sincère et gracieuse, est fidèle à elle-même, Girls prend toute sa dimension sur ce disque plus assuré que ses prédécesseurs, mais non moins attachant. Father, Son, Holy Ghost se conservera précieusement, avec toute l'affection qui lui est due.
Sophie Rosemont
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