Cela fait bien longtemps que l'on n'a pu goûter pareil appariement entre un film (ici, en l'occurrence, la saga très atmosphérique d'un cascadeur-truand) et la musique sensée surligner, éclairer, ou conforter les climats. Et cela fait encore plus belle lurette qu'une partition pour salles obscures n'a à ce point ?uvré dans la reconstitution esthétique (en l'occurrence, les frissons très synthétiques des années 80) sans pour autant être taxée de redite faisandée.
La bande musicale originale du Prix de la Mise en Scène du dernier Festival de Cannes en date se scinde donc en deux groupes distincts : tout d'abord, cinq quasi classiques de l'electro, ou à peu près, ouvrent le bal. Le très hexagonal Kavinsky, produit par Guy-Manuel de Homem-Christo de Daft Punk, mixé par SebastiAn, et illuminé par la participation de Lovefoxxx, chanteuse leader de CSS, entraîne la mélancolie de Desire, le plus énigmatique College, ou des Chromatics méditatifs. Pas chiche, le programme nous offre également une invraisemblable pièce montée, grâce à un « Oh My Love » composé par l'inénarrable transalpin Riz Ortolani.
Mais l'attention sera avant tout retenue par les scores totalement originaux et instrumentaux, ceux-là placés sous la responsabilité de Cliff Martinez, ancien batteur des Red Hot Chili Peppers (et jadis compagnon de Captain Beefheart, on ne le répètera jamais assez), reconverti depuis plus de vingt années dans la musique de films, un parcours brillamment initié en 1989 par Sexe, Mensonges et Vidéo de Steven Soderberg. Ces quatorze pièces, à l'intitulé sibyllin ou à la violence explicite (« Hammer », « Skull Crushing ») ont été manifestement élaborées à partir de claviers vintages, et dans une optique ouvertement climatique.
Il ne s'agit pas de chansons ici, mais bien d'atmosphères, emperlées de sequencers et autres synthétiseurs analogiques que les grands anciens identifieront comme directement issus de la tradition de Tangerine Dream (et en particulier de l'album Phaedra). Même si d'autres références (de la musique pour aéroports de Brian Eno, aux scansions d'une partition de Midnight Express signée Giorgio Moroder, autre figure tutélaire, en compagnie du compositeur et metteur en scène John Carpenter, de l'album qui nous occupe ici), s'ingénient à brouiller les pistes. Boucles sonores, harmonies stratifiées et percussions à la régularité clinique sont alors mises en branle, pour des épousailles entre musique et images proches de la perfection.
Drive sanctionne la parfaite communion entre un réalisateur (le Danois Nicolas Winding Refn) et un compositeur, et l'extrême capacité de ce dernier à développer l'imaginaire d'un tiers en usant de sa propre sensibilité : gageons qu'avec ce travail commun, Cliff Martinez devienne le créateur de musiques de films de référence ces toutes prochaines années.
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