La chronique
Les quatre olibrius de Leicester perpétuent brillamment ici la culture lad, entre stade (ils supportent les Foxes du Leicester City FC) et pub, entre bière brune et northern soul.
Après deux aimables albums qui les fait reconnaître de leurs pairs et du public concerné, les lads, donc, réussissent ici à se hisser un cran plus haut sur l'échelle qui va de The Who ou The Kinks aux Primal Scream et The Stone Roses. Abreuvant leurs chansons d'un psychédélisme anglais de facture classique, avec ruptures de rythmes, audaces (l'instrumental « Swarfiga » en début d'album), et amples rocks turgescents mis en lumière par la production virile de Dan the Automator, décidément versatile, Kasabian prouve qu'on peut viser les stades (pour y jouer de la musique, cette fois) sans pour autant livrer de la bouillie fade à la U2.
« Fast Fuse », avec son urgence échevelée, fera pour ça l'affaire, mais la créativité du quatuor est ici à son apogée puisqu'ils enchaînent ce brûlot avec un « Take Aim » à la déglingue élégante, un « Secret Alphabets » qui évoque clairement le Pink Floyd originel de Syd Barrett, ou un « West Ryder Silver Bullet » qui renvoie aux groupes de la British Invasion des sixties, et s'offre une featuring de l'actrice américaine Rosario Dawson. Répit avec « Thick As Thieves », furie avec « Vlad The Impaler » et ses sons filtrés à la Daft Punk, les couleurs hissées par Kasabian révèlent une envie rare chez les groupes des années 2000, enfermés dès leur genèse dans des recettes et des formats rigides.
Tom Meighan n'est certes pas le chanteur du moment, mais ses limites sont gommées par la vigueur roborative de chansons qui osent, inventent, foncent sans se regarder dans la glace.
Jean-Eric Perrin
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