La chronique
Pourtant, le vidéo clip de « Walking on a Dream » (choisi comme premier single) est passablement explicite : deux grandes folles maquillées à la sauvage, nanties d’abat-jour (mais les abat-jour sont sur leur tête) psalmodient à Singapour, et en loucedé (le tournage était prohibé) un refrain addictif. Alors, certains auront beau jeu d’évoquer ce duo comme une diversion récréative à des aventures plus pondérées (on le sait, Nick Littlemore est intégré à Pnau, Luke Steele appartient à The Sleepy Jackson, et tous deux sautillent au pays des kangourous). D’autres mettront haut la barre commerciale (jusqu’aux sommets de MGMT, en fait) arguant qu’Empire Of The Sun constitue la nouvelle nouveauté. Du jour. D’autres, enfin, déclineront l’admirable (de lapin) visite des incunables de la dance-pop des années quatre-vingt, tous synthétiseurs et pose effarouchées dehors.
Stop. On est là pour rire. Pas se moquer, mais rire, de l’invraisemblable illustration de pochette (en réminiscence d’Adam And The Ants, ou des opérettes de Francis Lopez, ou des deux), de la juvénilité du propos (on laisse les guitares au vestiaire), et de l’instantanéité du projet. Donc enregistré en une journée peu ou prou, l’album décline naturellement les obsessions des deux belligérants : le kitsch, la science-fiction, le disco, et le cinéma (de Steven Spielberg et son film éponyme, certes, jusqu’à toutefois La Montagne sacrée, monstrueuse pâtisserie surréaliste d’Alejandro Jodorowsky). Et le kitsch. Le caractère iconographique de cette musique n’échappera qu’à ceux qui feront l’économie de l’écoute de « Country », instrumental évocateur de canyons en carton pâte, et de tables de saloon en balsa.
Et son obédience fédérative (un peu de rock fm, quelques réminiscences du funk distingué de Chic, et des renvois discrets de toute une frange de la pop néo-romantique britannique, de The Human League à Spandau Ballet) permettra à l’auditeur de raccrocher les wagons de la danse, et de la mélodie éternelle pendant trois minutes. Lorsqu’on est capable (« Swordfish Hotkiss Night ») de revisiter en trois couplets les œuvres complètes et conjointes de Captain Sensible et de Ringo Starr, un seul sentiment s’impose : le respect.
Christian Larrède
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