La chronique
En seulement dix ans de carrière, Oxmo signe un cinquième album, autant qu’IAM, un de plus que NTM, et qui peut prétendre qu’il se répète ? Après le Lipopette Bar, il a enrôlé les tôliers pour l’aider à franchir une nouvelle étape, mais la couleur ici est nettement plus proche de l’esprit hip hop. Le rap organique offre un choix restreint, des Roots à Hocus Pocus, on retrouve un sens commun, très seventies, dans une ligne héritée de Gil Scott Heron. Oxmo n’est pas dans cet univers, ses jazzmen sont des musiciens qui pratiquent l’ouverture et le descriptif, proches en cela des musiciens de films.
Il y a donc dans cet album une fluidité et une sophistication qui flattent le flow toujours chaleureux d’Oxmo, qui néglige ici son légendaire pessimisme pour livrer des textes intimes, d’un observateur passionné des relations humaines, qu’elles soient au sein d’un couple ou d’un groupe d’individus.
À l’opposé du nivellement par le bas des Cht’is, « Soleil du Nord » est un exercice tout en émotion, comme l’est l’ordinaire de ce disque qui parle à l’oreille. Les refrains enjoués de Sly Johnson (Saian Supa Camille) sur « Partir 5 mn » et « Tirer des traits » devraient en faire des tubes radios si les radios avaient le souci du bonheur des gens. Quant à « Sur la route d’Amsterdam », en compagnie d’Olivia Ruiz, et en hommage à peine déguisé à Brel, il découvre encore une nouvelle facette d’Oxmo, en chanteur à texte digne de l’héritage des pères fondateurs.
La richesse de vocabulaire d’Oxmo est légendaire, et rend au genre des lettres de noblesse plus enluminées que les fameux tenants de la nouvelle scène française, trop souvent aussi prévisibles que les auteurs de l’autre côté du périph. À ce niveau de réussite, on ne parle plus de carrière mais d’œuvre.
Jean-Eric Perrin
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