La chronique
Ce n’est pas faire injure aux Angevins de La Ruda (jadis rock, salsa et ska mêlés, désormais pop chauffée aux cuivres rougeoyants d’une section pétaradante) de rappeler que leur univers reste la scène, ces mille et une occasions offertes à ces sept musiciens d’allumer des feux (autour desquels on se retrouve pour danser) partout où l’on veut bien d’eux. Mais juste avant de classer le combo dans la sempiternelle catégorie des groupes exultant en public, et simplement sympathiques en studio, il convient de rappeler que La Ruda existe par ses neuf albums en treize ans (dont deux live), à travers les changements d’équipe (mais le chanteur et parolier Pierre Lebas tient toujours la barre), et les mutations esthétiques (des samples et de l’electro, aux atmosphères définitivement plus acoustiques).
Grand Soir le bien nommé confirme deux ou trois choses que l’on sait d’eux : on peut toujours compter sur La Ruda pour donner envie de taper du pied – et plus si affinité – dans une cavalcade que l’on imagine éternelle. Mieux : on est épaté, et dès la première écoute, du caractère compact de l’orchestre (quel doux nom suranné, orchestre), et de l’unicité de ces jeunes gens dynamiques, prompts à débouler comme un seul musicien au moindre couplet. Mieux, encore : on se plait à imaginer que si les lois du commerce étaient moins rigoristes, et le marasme moins profond, certaines mélodies (« Eddie voit rouge ») se fraieraient plus souvent qu’à leur tour un chemin triomphal dans nos transistors.
Mieux, enfin : La Ruda n’offre pas que des trépidations sans cervelle, mais surtout de vraies histoires, avec de gros bouts de personnages dedans. Se succèdent alors icônes pour midinettes (Eddy Mitchell donc, mais également Elvis Presley et Jésus, ou, à l’occasion d’une belle évocation nostalgique, l’emblématique gardien de but Gordon Banks, au choix), héros du quotidien (la cruelle « Lucille », ou « Fantômas 2008 » pris la main dans la bourse, au choix aussi), ou quotidien sans héros.
Si vous pensez qu’on doit systématiquement respecter les morts, jetez une oreille à « Go to the Party », ou la danse des cercueils. Si vous estimez que la xénophobie reste inévitable comme un rhume de saison, écoutez « Dans la même rue », où se jouent les faits divers de la réalité. Et si vous espérez qu’on puisse s’amuser pas stupide, danser sans s’abêtir, et être excité et conscient à la fois, plongez dans ce Grand Soir tout entier : de la belle ouvrage, et un partage futé entre sens et énergie.
Christian Larrède
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