La chronique
Etrange nom pour un album de blues. Ce néologisme barbare – « modification du mot hootenanny » – signifie selon Mark Oliver Everett « un rassemblement social où les participants chantent du folk, parfois dansent, mais surtout tirent ». Plus prosaïquement, le hootennanny serait au folk outre-Atlantique ce que le jam est au jazz.
Ici, il est question d’une Amérique profonde, loin du bitume et des ruelles sordides de Souljacker, le précédent opus de Eels. Les chansons parlent de choses simples : des enfants qui attendent le réveil des parents le samedi matin devant la télé (« Saturday Morning »), d’une ex-petite-amie un peu vulgaire (« Dirty Girl »), de l’importance de donner de l’amour à ceux qui n’en ont pas (« Love of the loveless », un hommage à Bob Dylan). Dans « Fashion award » E règle des comptes avec le show-business et ses prix pédants. Lui qui a réussi à faire « quelque chose de bien » de son Grammy Award (une percussion pour concert) semble encore une fois tourner le dos à la machine à rêve et à ses fictions. Car E reste un loup solitaire, et son « Lone wolf » éraillé, sobre avec son accompagnement à la guitare sèche, a les accents deep south de ceux que la vie marque.
La même candeur rugueuse et modeste se retrouve tout au long de l’album dans la musique et les thèmes : les petits miracles de la vie, tout simplement.
Damien Waltisperger
Réagissez