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"Eye" No, Alphabet St., Glam Slam, Anna Stesia, Dance On, Lovesexy, When 2R In Love, I Wish U Heaven, Positivity ( LP Version )

Prince
Durée : 45:03
Genre : Funk
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Warner, 2007
MP3 320 Kb/s, Stéréo
Poids : 103 Mo
Interprète(s) : Prince
Auteur(s) : Prince
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Notre avis sur l'album Lovesexy

Lovesexy par Prince


Si Sign ‘o’ the times avait fait l’unanimité, l’hsitoire retiendra que Lovesexy fut le premier album de Prince à faire l’unanimité... contre lui. En effet, que ce soit les fans (qui ont toujours vu dans ce disque un ersatz peu convaincant après l’annulation frustrante du Black album), les non-fans (ils sont où, les tubes ?), les détracteurs de Prince (sur le mode du « ah, je vous l’avais bien dit, qu’il se planterait ! »), les puritains (qui jugeaient la pochette trop provocante), la presse (qui reprochait à Prince, euh... de faire du Prince ?), ou le monde en général (qui ne comprenait strictement rien à ce disque), chacun avait, à sa sortie, une bonne raison de détester Lovesexy – à tel point que cet album continue, aujourd’hui encore, d’être marqué du sceau de l’infamie aux yeux de quiconque porte un quelconque intérêt à la discographie de Prince.

Or, la vérité, comme souvent, est bien plus complexe que ce que laisse supposer cette présentation. Lovesexy, en effet, n’est pas un mauvais album ; c’est même un authentique chef-d’oeuvre. En revanche, c’est un album totalement givré, barré comme rarement le fut un disque supposé être « grand public » (rappelons qu’à l’époque, Prince était une superstar mondiale, au même titre que Madonna ou Michael Jackson). Des exemples ? En guise de mise en jambe, « Eye no », le titre qui ouvre l’album, ressemble à une jam particulièrement chaotique entre Curtis Mayfield, Funkadelic et les JBs. 

Puis vient « Alphabet Street », le premier single, qui débute comme un exercice de funk ultra-minimaliste reposant sur une rythmique décharnée et quelques accords de guitare simplistes, avant que ne déboule une ligne de basse qui semble vivre sa vie indépendamment du reste du morceau, une voix aux inflexions soul déclamant un texte empruntant à l’imagerie rock’n’roll des fifties (les filles, les bagnoles), et des choeurs sortis de nulle part... Bref, un morceau dont l’audace laisse rêveur quant au degré de tolérance et d’ouverture du public des années 80 – car, en dépit de l’échec relatif de l’album, ce titre fut un tube, ce qui serait proprement inimaginable aujourd’hui.

Et tout le reste du disque est à l’avenant, développant avec conviction une esthétique du « trop » : trop vaporeux (« I wish u heaven », qui renoue avec les ambiances opiacées et enfumées de Around the world in a day), trop sirupeux (« When 2R in love », échappé du Black Album, est un slow moite à souhait), trop torturé (à côté du lyrisme sombre de « Anna Stesia », « The cross », sur l’album précédent, ressemble à une reprise des Charlots), trop fou (« Dance on » déroule l’une des rythmiques les plus incroyables qu’il nous ait été donné d’entendre, uniquement composée à partir de syncopes irrégulières et destructurées (époustouflante Sheila E.), pour un résultat qui reste miraculeusement groovy), et enfin trop jusqu’auboutiste (dans une belle démonstration de « c’est à prendre ou à laisser », Prince a souhaité que la version CD ne comprenne qu’une plage, ce qui oblige à écouter l’album dans son intégralité)...

Alors, excessif, Lovesexy ? A n’en point douter. A ce détail près que cet album n’était finalement que la suite logique des disques précédents, Prince n’ayant eu de cesse de proposer, depuis 1999, une musique qui, d’album en album, devenait toujours plus libre, toujours plus personnelle, toujours plus complexe. Ce que Prince a sous-estimé, en revanche, était la capacité du public à absorber et digérer ces évolutions successives, surtout au rythme hallucinant imposé par le chanteur – rappelons qu’à la sortie de Lovesexy, Prince venait d’enregistrer, en l’espace de deux années, quatre albums majeurs (dont un double !) et radicalement différents les uns des autres... Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le public ait eu besoin de souffler, de marquer un temps d’arrêt.

Par conséquent, si Lovesexy est effectivement associé à la fin d’un certain « âge d’or » de Prince, ce n’est pas la qualité du disque qui est à l’origine de cette rupture, mais bien le fait qu’il n’y ait plus eu grand monde pour l’écouter et l’apprécier. Le soutien du public étant devenu incertain, le chanteur, suite à cette expérience, préférera prendre un peu moins de risques et jouer la carte de l’efficacité, au lieu de continuer à concevoir chaque disque comme une nouvelle utopie. Sur le court terme, cette décision s’avèrera payante (comme le montrent les succès de Batman ou Diamonds and pearls – deux très bons albums par ailleurs, même s’ils manquent un peu de folie) ; sur le long terme, en revanche, il n’est pas totalement certain que nous ayons gagné au change.

   

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