La chronique
Après avoir initié sa carrière grâce à Internet, et en 2007 sidéré charts britanniques et américains (on dira : et donc, du monde entier) pour une coquine OPA réalisée grâce à son premier effort (Made of Bricks), Kate Nash, dans le rôle de la jeune fille de la porte d'à côté, et écho concurrentiel de la non moins séduisante Lily Allen (Regina Spektor n'est jamais très loin, non plus), affronte aujourd'hui l'épreuve du second album.
Elle ne l'affronte pas seule, naturellement, puisque a été appelé à ses côtés comme producteur Bernard Butler, bien connu dans les chaumières comme guitariste de Suede. La conséquence immédiate de ce recrutement réside dans une masse orchestrale considérablement amplifiée par rapport aux précédentes sessions, tant dans l'utilisation de la multiplication des pistes de chant, une prédominance certaine des percussions, et des arrangements touffus, à l'instar d'une jungle harmonique. Mais le deuxième constat - ravi - c'est qu'à vingt-trois ans, l'Irlandaise d'origine, grandie à Londres, fait preuve d'une véritable virtuosité vocale, nourrissant sa pop d'un scat jazzy ici, séductrice dans la répétition rythmée et hypnotique là, n'hésitant pas à plonger dans l'excès enfin (le chant frôle l'orgasme à la toute fin de « I Love You Just More »).
Torturé et heurté, « Mansion Song » ne sera pas sans rappeler les déhanchements troubles de Bow Wow Wow, alors que « Later On » s'appuie sur un gimmick emprunté à King Crimson. Quant au single « Do-Wah-Doo », son contretemps ne pourra que réveiller la nostalgie de l'ère Diana Ross and the Supremes. Mais les treize chansons du programme démontrent que, de toutes façons, Kate Nash est aussi confortable dans un proto-Tamla Motown donc, le folklore de son île natale, ou les montées d'adrénaline propres au punk de la fin des années 1970.
My Best Friend Is You nous signale à grands renforts de sons émérites l'émergence d'une nouvelle étoile, non seulement soucieuse de versatilité, mais parfaitement apte à gérer l'ensemble des directions qu'elle a choisi elle-même. Ébouriffant.
Christian Larrède
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