La chronique
Dès « Je reviens », où l’alchimie désormais mythique des flows conjugués de Kool Shen et Joeystarr résonne, on est transporté dans un autre monde. L’authentique est à l’affiche, et NTM est de retour, tel qu’attendu, espéré, par des cohortes de fans déçus par la morne normalisation du rap français.
C’est une fausse joie, hélas, une participation néanmoins digne de l’alter ego à l’album de son acolyte historique. Kool Shen avait annoncé sa retraite, plusieurs fois, mais il est encore là, parce qu’on a besoin de lui. De ses pairs. De sa crédibilité. « Demain c’est loin », il cite IAM dans « Vivre dans l’urgence », où il évoque The Notorious B.I.G. : on est clairement là en territoire balisé, celui de la vérité du rap, du savoir-faire inaliénable des pionniers.
Son histoire s’étend depuis 20 ans et un premier titre sur la compilation Rapattitude en 1989, Kool Shen a déroulé du câble, fait le métier, connu les hauts et les bas, toujours propulsé par une envie farouche et une détermination d’airain pour écrire, rimer, rapper… Son flow, que l’on connaît par cœur, a l’aisance de ceux qui savent que la technique est depuis longtemps établie, et que l’inspiration en est d’autant plus libre. « Rappelle-toi » remet les pendules à l’heure, comme un grand frère qui viendrait dire aux jeunes gommeux du rap de rue si prompts à s’inventer des exploits inspirés par Grand Theft Auto qu’ils devraient plus se soucier de ce qu’ils introduisent dans le MP3 des adolescents.
Car pour Shen, le rap n’est pas une comédie ni un film d’action hollywoodien, cela reste, envers et contre tout, un « discours ». Une position, un point de vue, né d’observation et de réflexion. Son écriture reste intacte, simple, directe, sans fioriture, mais claire et idéalement moulée dans son flow élastique. Avec ses armes, Kool Shen vient prouver une nouvelle fois que le rap, français comme américain, est une musique qui aujourd’hui trouve sa pleine acuité chez des artistes qui ont émergé il y a bien longtemps, et pas un simple gimmick adolescent, un territoire fugace où chaque nouvel arrivant balaierait le passé par sa simple existence.
En dehors de Joeystarr, quelques partenaires de longue date (Salif, Jeff Le Nerf), J-Mi Sissoko pour une couleur reggae, Kool Shen ne s’appuie pas sur la fièvre de ceux qui ont fait l’actualité du rap hexagonal depuis qu’il s’était absenté des studios. Il sait où il va : tout droit, comme avant...
Jean-Eric Perrin
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