La chronique
Troisième essai pour Youssoupha, un rappeur davantage connu du grand public pour l'affaire judiciaire qui l'a opposé à Eric Zemmour que pour son travail d'écriture. Noir D**** confirme pourtant un talent de plume supérieur au rap actuel et qui fera grincer des dents. « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? » dit le jeune artiste dans « Menace de mort ».
L'album s'ouvre sur un morceau soul/ rap réussi, « L'Amour ». C'est moins convaincant dans le mid-tempo « Histoires vraies » avec Corneille. Autre titre rap marquant, « Viens » contrebalancé par des ch?urs amples et chauds. Dans un style plus hardcore, « Irréversible » déroule un texte adouci par des voix enfantines inquiétantes. Dans « Noir Désir », le rappeur est accompagné de Staff Benda Bilili, un orchestre congolais composé majoritairement d'artistes handicapés.
Youssoupha est le fils de Tabu Ley Rochereau, star de la rumba congolaise. En duo avec ce dernier, il s'adresse à son petit garçon sur le thème de la transmission dans « Les disques de mon père », un titre qui groove. Autre registre, la musique orientale qui s'immisce dans « J'ai changé ». Un morceau hypnotique où le rappeur déclare notamment en clin d'?il à Grand Corps Malade. « Avant qu'on ne me regrette, qu'on ne pleure ma dépouille, j'ai promis à mon c?ur et à ma tête de moins écouter mes couilles ». De fait, l'artiste parle souvent de « rap d'amour».
L'amour n'est pas toujours au rendez-vous. Et le rappeur enchaîne les punchlines sur le monde où il se remet lui-même en question (« L'enfer, c'est les autres »). Une construction qui rappelle le « Suicide social » d'Orelsan. Il se montre tout aussi virulent dans « La vie est belle ». Dommage que son flow soit si monotone sur les 18 titres habités par de nombreux featurings.
Réagissez