La chronique
Les sept années qui se sont écoulées depuis son précédent album (MiYeewnii/Missing You) ne traduisent pas l’indolence du Sénégalais, lui qui a développé une action de développement pour le compte des Nations Unies dans toute l’Afrique de l’ouest, et poursuivi son investissement collectif avec Damon Albarn (Blur), un quasi militantisme visant à remettre la musique du continent africain au centre des expressions artistiques modernes. Télévision traduit cet éclectisme, cette ouverture d’esprit, et ce sens des responsabilités.
Enregistré entre Londres et Dakar, l’album réunit en effet le compagnon de longue date, guitariste, producteur et compositeur britannique BarryReynolds (aux manettes pour l’album Broken English de Marianne Faithfull), et deux Brazilian Girls (groupe…new-yorkais, et à dominante masculine, spécialiste de la synthèse entre electro et tango, dance et pop) en villégiature : la chanteuse Sabina Sciubba (son chant acidulé, sa capacité à porter haut toutes les expressions), et le claviériste argentin Didi Gutman. Ce sont donc trois continents convoqués pour les sessions de Télévision, trois cultures et trois sensibilités qui se répondent et s’interpénètrent, mêlant sonorités électroniques, machines destudio, et atmosphères acoustiques.
Et, comme à l’accoutumée, le compositeur toucouleur Maal fait œuvre de sociologue (lui qui considère sa guitare, non pas comme un fusil, mais bien à l’instar d’une règle de pédagogue, au rôle socialet éducatif avéré), évoquant tour à tour le rôle exponentiel des femmes dans l’épanouissement de l’Afrique (« A Song for Women »),ou la nécessité d’y développer l’éducation à l’usage des futures générations (« Tindo »). La chanson-titre, en cinglante ouverture, se fait l’écho du danger d’un impérialisme induit, car rampant, à chaque heure du jour, dans chaque foyer : « il est toujours là/s’il fait chaud ou froid/d’où il vient on sait pas…l’homme dans la télévision ».
Les rythmes s’entrechoquent, offrant une assise protéiforme à ce protest-song du nouveau millénaire, puis nourrissent l’évocation d’une ville, belle la nuit (« Dakar Moon »),ou des refrains plus primesautiers (« Cantaloupe »,comme la musique crépusculaire d’un film inventé), portés par la sensualité, la grâce féline du chanteur. Télévision : bonnes nouvelles des étoiles dans les yeux de l’un des chanteurs clés de son pays.
Christian Larrède
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