La chronique
Du jury de la Star Academy, à une amicale invitation à participer à la dernière tournée européenne en date de Status Quo, d’un projet commun avec Gildas Arzel (El Club) à une nouvelle formation rodée sur les scènes de France et de Navarre, on considèrera, qu’à son rythme, le Gallois Michael Jones reste un retraité (de la frénésie qui entoura les activités du Jean-Jacques Goldman des années quatre-vingt-dix) particulièrement occupé.
Ce troisième album solo du guitariste (si l’on omet un disque resté en 1996 à l’état de sessions), pour la plupart des compositions chantées en anglais, nimbé de ses racines et de son attaque, si caractéristique et délicate, du manche, démontre en tout état de cause qu’il n’a rien perdu de son goût pour le travail bien fait. Enregistré, et préparé à la maison, et finalisé dans les prestigieux studios d’Abbey Road (Londres), sous la houlette de Geoff Pesche (ingénieur assez prolifique pour s’être frotté aussi bien à Therapy? qu’à Mike Oldfield), Celtic Blues porte en effet la marque des professionnels sensibles, et des musiciens inspirés.
On y salue le retour aux sources du Britannique vers des harmonies riches de sonorités acoustiques, où quelques notules typiques (le son des bombardes et cornemuses le soir au fond des bois) permettent de prendre une distance salutaire avec le blues rock qui a fait la renommée du chanteur et guitariste, sans que l’on s’en sente frustré. Plus troublant, on a, à maintes reprises (la simplicité des mélodies, l’énergie des compositions, certes toujours présente, mais qui ne porte jamais atteinte à la délicatesse de l’ensemble) le sentiment d’écouter quelques inédits, dans la langue de Shakespeare, de Goldman.
Autant avouer que les deux chansons en bonus final (« Garde-moi » et « Souviens-toi de nous »), qui donnent l’occasion de retrouver le si charmant accent du bonhomme, ne font qu’accroître le trouble de l’auditeur. Non pas que l’on dénie une seule mesure des qualités indubitables au chanteur sensible et doux (et au guitariste, de même) qu’est Michael Jones. Mais on ne peut simplement pas s’interdire de souhaiter ici un retour en fanfare de l’une des paires les plus prolifiques de la chanson francophone. Celtic Blues : galop d’essai ?
Christian Larrède
Réagissez