La chronique
Personne ne l’a rêvé, mais Arielle Dombasle l’a fait : Glamour à Mort ! est un projet hénaurme, extravagant, et post moderne. Et passablement rigolo.
Fascinée par Sor Juana Inès de la Cruz, poétesse mexicaine, mystique et intellectuelle (en ce XVIIème siècle où les femmes étaient essentiellement considérées comme des reproductrices), Arielle Laure Maxime Sonnery de Fromental caresse à l’occasion de son cinquième album le projet de consacrer des sessions à celle que l’on considère comme la première féministe d’Amérique latine. Survient Philippe Katerine, en pleine décrue Robots Après Tout, transportant dans ses malles Gonzales, metteur en ondes fou dans le civil, ainsi qu’un petit bout (en fait « Poney Rose », texte hallucinant et zoophile) de la césarisée Marjane Satrapi. L’équipe est complétée par Renaud Létang (qui connaît parfaitement le moindre recoin des studios Ferber, où a étéenregistré l’album, et ce depuis ses aventures musicales communes avec Alain Souchon), et le styliste Vincent Darré (transfuge de la maison Ungaro), qui a concocté une défroque de Super Arielle, avec diadème à cœur sacré de Jésus inclus.
L’évocation stricto sensu historique devient alors un space opera à paillettes, dans lequel se mêlent sequenceurs frénétiques et climats acoustiques, extases mystiques et portraits iconoclastes. Ici, se percutent l’electro pop et une techno minimaliste, quelques mesures de mariachis en folie, et les vocalises de chœurs mâles en feud’artifice.
Ici,les religieuses balancent leurs cornettes par-dessus les moulins,mais pour s’offrir à leur seul « Monseigneur »(« Quand je dors dans tes bras/C’est des millions de bras/Qui se chargent demoi »),les saints bénéficient de gros avantages de séduction en cavalcade trépidante (« Regarde le bien, Saint Sébastien/Il avait quelque chose de plus qu’un saint homme »), et les petits chatons se font caresser, puisque tel est leur destin. Arielle Dombasle ose tout, d’un portrait d’El Santo, mythique catcheur au masque d’argent des quartiers déshérités de Mexico, à quelques définitifs haïkus (« Quitte à mourir, autant que ce soit en Saint-Laurent »),le tout enrobé d’une voix flûtée d’apprentie diva, et de la soie des machines. Festif, sophistiqué, léger et profond, Glamour à Mort ! est un disque révolutionnaire.
Christian Larrède
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