La chronique
Difficile de sortir de l’ombre tutélaire de l’immense Gainsbourg, quand on en a été l’essentielle interprète. Jane B s’y essaye depuis des années, mais elle est toujours ratrappée par le fantôme, quand ici, ses compositeurs citent sans vergogne le maître dans quelques bribes de leurs efforts (le gimmick de « Aung San Suu Kyi »).
Après s’être frottée à la crème des auteurs du temps, Cali ou Mickaël Furnon, Birkin franchit un nouveau pas en signant elle-même, et pour la première fois, les textes de son album. L’entreprise est à l’image de l’Anglaise préférée des Français, nostalgique, intime, parfois espiègle, et très autobiographique dans ses thèmes. Avec un coup de main de la famille Souchon, d’Hawksley Workman et de quelques autres pour les mélodies, mais surtout d’Edith Fambuena qui habille leur léger manque de brillance d’arrangements acoustiques raffinés, Enfants d’hiver ressemble à son auteur. Il est touchant. Mais n’y cherchez pas la légèreté de la Jane au français si coloré, elle s’est appliquée, manifestement, à écrire sérieusement, pour magnifier ses nostalgies.
Quand elle s’autorise un langage plus direct et familier, sur « Oh comment ça va », le côté rigolo de l’entreprise finit en drame de la jalousie et de la rupture. Elle y montre par ailleurs son talent d’actrice. Jane Birkin n’a pas à rivaliser avec Anaïs ou Jeanne Cherhal, d’ailleurs elle n’est qu’auteur interprète, avec cette maladresse vocale aujourd’hui mieux maîtrisée qu’on lui connaît et qui fait néanmoins le charme inhérent au projet. Elle a dans la chanson un parcours par accident mais unique, d’ « Ex Fan des Sixties » aux « Dessous chics ». Hors concours. Alors elle va à sa vitesse personnelle. Quand elle fait montre de ses engagements, avec la sincérité de rigueur, cela donne la chanson évoquée plus haut, en hommage à la sainte laïque de Rangoon.
Pimpante sexagénaire aux allures d’éternelle débutante, elle livre un album digne et jamais affecté. On aurait juste aimé des mélodies plus marquées.
Jean-Eric Perrin
Réagissez