La chronique
Découvert grâce à la superbe ballade « U-Turn (Lili) », dont la mélancolie capiteuse hantait le film Je vais bien, ne t’en fais pas, sorti en 2006, AaRON prouve avec ce premier album qu’il n’est pas le groupe d’un seul morceau. Artificial Animals Riding on Neverland se compose de douze titres, dont la majorité est interprétée en anglais (« Le tunnel d’or », aux paroles poétiques, est le seul morceau francophone de l’album), l’auteur et chanteur Simon Buret étant parfaitement anglophone de par son père américain. Si les compositions s’articulent essentiellement autour du chant et du piano, les claviers (piano ou synthétiseurs) et machines (samplers, boîte à rythme) oeuvrent à donner de l’envergure à des compositions spleenétiques et pénétrantes, sur lesquelles flotte la voix cassée et mélancolique de Simon. Hormis le single qui les a révélés, aucune composition ne se détache fortement, l’ensemble étant à la fois cohérent et suffisamment divers pour ne pas souffrir de linéarité. On note, au passage, la reprise de « Strange Fruit », de Billie Holliday, une chanson narrant les lynchages racistes pratiqués dans le sud des Etats Unis à l’époque de la ségrégation. Une reprise aussi épurée que l’originale (chant/piano), mais dont l’interprétation diffère de celle – toute de tristesse digne et retenue – de la chanteuse américaine par ses accents tragiques. Sans qu’elle soit jamais écrasante, on devine sur ce premier album l’influence prépondérante d’Archive (première période) et de Radiohead, voire celle de Massive Attack. Avec Artificial Animals Riding on Neverland, AaRON a réalisé un disque à la beauté élégiaque, sensible et touchant, dont le succès est aussi mérité qu’il est ample. Mikaël Faujour
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