La chronique
Dédé les doigts de fée ne pouvait laisser passer l'occasion de rappeler que ses talents ne se résument pas à constituer le seul pilier permanent de l'émission de la Nouvelle Star, être l'homme dans l'ombre de chanteuses swing (Liane Foly, ou l'Afro-Britannique Malia), ou l'initiateur de projet de jazz qui ne dépasse pas l'univers confidentiel des happy few (Inkala, qui s'est en 2008 approximativement écoulé à 123 copies).
Après le retentissant échec commercial sus-nommé, le pianiste, arrangeur, compositeur, comédien à ses heures, et technicien émérite des synthétiseurs, revient aux choses, sinon sérieuses, tout du moins plus balisées. So In Love rassemble donc neuf vocalistes, en quatorze thèmes, et en une phalange majoritairement féminine : se bousculent ainsi au portillon China Moses (la fille de Dee Dee Bridgewater occupe assurément ici la position la plus naturelle, par filiation et penchant pour le staccato swing), Helena Noguerra, Anaïs, une surprenante Emily Loizeau (elle que l'on pensait trop intimement liée à son propre univers), Anaïs, Camelia Jordana (qui, au vu de son propre album, et de sa prestation dans So In Love, ne doit cesser de bénir le jour où elle fut éliminée de la Nouvelle Star), et quelques-autres.
Le vestiaire des garçons est en particulier occupé par Tété, qui par ailleurs co-anime une émission de télévision avec notre jazzman arménien favori, comme quoi le hasard, ou quelque chose d'approchant, fait parfois bien les choses. La liste des convives arrêtée, précisons que le menu, sans surprises mais non sans qualités, pourrait être qualifié de solide cuisine bourgeoise roborative. On a en effet rarement goûté, dans un album dédié à l'amour et à ses troubles, pareille concentration de standards : de « Dont Let Me Be Misunderstood » (la Loizeau y laisse s'envoler un chant nasillard aux parfums country) à « What a Wonderful World » (à petits pas la Camélia s'impose comme la merveilleuse Jordana), en passant par « Cheek to Cheek » (Anaïs n'est pas Fred Astaire, mais n'essaie même pas), on peut chanter tous ces refrains sous la douche, et même ailleurs.
André Manoukian fait ici sien l'adage du film Forrest Gump selon lequel la vie est une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber : So In Love, orchestré avec son élégance coutumière, et un sens indubitable du mellow jazz pour after hours party, ne réserve que des friandises chaque fois différentes, mais toujours suaves, et sophistiquées. Un album idéal pour les rendez-vous coquins : merci, Dédé.
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