La chronique
La trop rare Claire Keszei (cinq albums en seize années de carrière, si l’on peut parler de carrière au sujet de l’un des plus originaux talents de la chanson francophone) aime la continuité. Ainsi du musicien et chanteur belge Jean-Jacques Nyssen, présent à la réalisation de Moi En Mieux, comme aux (plus beaux) premiers jours, même s’il se pousse ici pour concéder une petite place devant la console au multi-instrumentiste berrichon Florent Marchet. Clarika donc apprécie la constance d’une affection certaine pour la pop de la marge, pour ces refrains en chœurs seventies et tressautements de charleston qui disent l’amour du rien (le quotidien) comme un tout, et la dignité des gens de peu (nous) face aux arrogants des journaux télévisés. Mais la chanteuse, licenciée en lettres et comédienne contrariée, aime aussi la rupture (tous les autres sous les projecteurs, elle en effet ailleurs), et n’a pas sa langue de Voltaire dans la poche, lorsqu’elle proclame que la vie n’est pas une blonde tatouée aux fesses sublimes. Enfin, pas toujours. Tout ce qui précède fait que Moi En Mieux est un disque de chanteuse d’ici et d’aujourd’hui, et de combat, qui agrippe corps et cœur sans jamais lâcher émotion et signifiant. Aujourd’hui ? Dans « Bien mérité », elle rappelle que seul le hasard nous fait gras, riche, et occidental, dans « Je ne serai pas » que seuls les faibles invoquent la fatalité, et dans « Rien de tel », que la chanson reste plus souvent qu’à son tour de la confiture acide aux pourceaux. D’émotion ? Comment écouter « Lâche-moi » et ne pas se précipiter vers rejeton, neveu, ou fils de la voisine, pour le serrer à l’étouffer dans ses bras, et sentir au creux des fins cheveux le parfum du futur ? D’ici ? Car Clarika chante donc des choses humbles (les affres des cabines d’essayage, ou la perfection d’artifice des magazines en papier glacé), dans une succession de formules qui finissent par constituer une fable affable. Naturellement, parfois ment la jeune femme (« d’une manière générale, il y a peu de chance que je sois obligée de me mettre nue pour obtenir gain de cause »), mais on voit où elle veut en venir. Car cette collection de haute couture, conclue par un texte comme on peut en déchiffrer un par décennie (« L’ennui »), positionne la petite dame brune dans le statut d’une nouvelle Barbara, impertinente, tendre et acide. On dira : un drôle de cabaret, et un vrai talent. Christian Larrède
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