La chronique
Son amour des belles lettres intact, Babx nous livre son second album, celui qu’on attend au tournant. Un virage que son expertise d’auteur, compositeur, arrangeur précocement doué lui permet de négocier sans heurts.
Comment ne pas s’en apercevoir dès « Electrochos Ladyland » ? Une grande chanson, un diamant X carats (non, CaraX, le garçon est cinéphile). Grandiloquente, avec son orchestration crescendo et son interprétation parfaite : du démarrage décalé, typique des chanteurs de jazz, jusqu’au cri final, cathartique. Babx veut « danser de folles tarentelles », et pauvres de nous, nous le suivons. Dans un road movie sensible et sauvage, ponctué par la folie, la paranoïa fliquée (« 08h04 ») et la contrebasse de Sébastien Gastine.
C’est avec le sourire du Joker dans Batman que Babx adresse au vitriol ces « Bon baisers d’Islamabad », s’incrustant dans les « soirées américaines, vin d’orange méthanol, rose pourpres et grenades » pour gâcher la fête des grands hypocrites de ce monde à coups d’orgues glaciales. Car suivre Babx de salles de bals en bars, entre les banjos, les barillets des brigands et les bas résilles d’une « Petite fille gâtée », n’est pas de tout repos.
Mais le pianiste nous réserve des moments d’apesanteur (« Cristal Ballroom »). La déclaration « Lady L » a ce blues qui fige le temps. Il vient de la guitare électrique du New-Yorkais Marc Ribot, qui a aussi collaboré avec le grand et regretté Bashung. Un grand qui n'est pas loin (« L rêve d'IL »), surtout quand Babx se fend d’un « dernier pétard sous le ciel de chatterton », enveloppé des cordes de « Remington Requiem ». A moins que ce ne soit Brel qui veille au dessus d’un ciel, si lourd que « la rue dans le ciel s’est pendue » (et l’on pense évidemment au Plat Pays). Avant que tout éclate, Babx s’enquiert d’un « après la pluie seras-tu là ? ». C’est « L’orage », en suspension, live aux Bouffes du Nord, qui clôt l’album.
Il et elle, orage, électricité, folie, Cristal Ballroom est un album à la thématique rondement menée, sa cohérence fait gagner son interprète en force. Au-delà des gloires éphémères, des cristaux liquides des écrans, Babx détient comme les grands la formule magique pour capter la grâce et la faire briller.
Anne Yven
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