La chronique
Retardé de près d'un an, le neuvième album studio de Lenny Kravitz voit enfin le jour, chargé jusqu'à la gueule d'un programme funky de dix-huit chansons. Après avoir entamé sa carrière en lorgnant délibérément dans le rétroviseur des sixties, le chanteur, guitariste et compositeur tente en effet de retrouver fièvre et inspiration grâce à quelques émotions enracinées dans les ?uvres complètes de George Clinton, ou Prince, mais également bercées par l'électricité du rock'n'roll blanc. Car l'artiste a des choses particulièrement profondes à nous délivrer, en particulier au sujet d'une société américaine blanche et noire.
Bon. Le problème reste que, par-delà quelques hommages accablants de platitude (en particulier à Martin Luther King), Kravitz embrasse l'entreprise avec la légèreté d'une charge d'éléphant dès qu'il s'agit de funk, alourdissant les chansons d'une bien triste surcharge pondérale rythmique. S'il tire assez convenablement son épingle du jeu dans un créneau de rocker FM roué (on aime bien « Rock Star City Life », et les cuivres de « Come On Get It » claquent avec une exubérance tout à fait probante), l'Américain aggrave son cas en s'offrant un supposé lifting de musique de jeunes auprès de Jay Z : ni faite ni à faire, « Boongie Drop » reste une prestation à oublier de toute urgence.
Et, malheureusement, les participations d'autres stars indiscutables ne changent rien à l'affaire : Drake traverse distraitement un « Sunflower » co-composé par Swizz Beatz, Trombone Shorty assure la majorité des parties de vents, et Craig Ross partage les guitares avec le patron, mais tous ne suffisent pas à générer un intérêt suffisant pour une session, comme à l'accoutumée très majoritairement produite et interprétée par la star.
Conçu durant différents voyages du musicien (d'une communauté installée aux Bahamas aux rues de Paris), l'album aurait pu offrir le séduisant carnet de voyages d'un créateur itinérant. En lieu et place, on a bien trop souvent droit à l'expression d'un Kravitz pétrifié à l'idée d'être hors du coup, vingt-deux ans après ses débuts avec Let Love Rule. Black And White America démontre que, lorsque l'énergie se dépense en pure perte, cela devient de la vaine agitation.
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