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Un sélection d'artistes

Joey Starr

Joey Starr
A en croire sa biographie Mauvaise Réputation, JoeyStarr aurait vécu plusieurs vies avant même la création de NTM. Né Didier Morville est né le 27 octobre 1967 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), il grandit en l'absence d'une mère à qui on l'arrache dès son jeune âge - il la retrouvera longtemps après, lors d'un concert de NTM. De plus, son père tyrannique et violent envers lui l'expulse du domicile familial à sa majorité. Cette vie, seul dans la rue, il la raconte dans « Tout n'est pas si facile », qui évoque aussi sa découverte de la danse hip-hop, des graffiti et du rap. La suite est bien connue : dix ans de carrière avec NTM, quatre albums studio et la fièvre de la scène. Avec ou sans NTM, sa vie privée est sans cesse émaillée de démêlés judiciaires. Il y a entre autres l'affaire de l'agression d'une hôtesse de l'air (1999) et celle d'« usurpation d'identité et faux et usage de faux » vis-à-vis d'un usager de Nancy (2005). JoeyStarr devient dans les medias l'incarnation du rappeur incontrôlable.

60 jours, 60 nuits

Après la séparation de NTM, Joey Starr fonde le label Boss Of Scandalz Strategyz (B.O.S.S) avec, entre autres, DJ Spank. Il y produit de jeunes rappeurs dont Iron Sy et Fatcap via trois compilations. En 2002, il devient le protagoniste d'une émission de « télé-réalité » produite par Karl Zéro, 60 jours, 60 nuits sur Canal +. On le voit vivre dans sa maison de Saint-Ouen, d'où il anime son émission sur Skyrock, Jeudi, soir de sodomie. Au cinéma, il joue un petit rôle dans Astérix et Cléopâtre d'Alain Chabat et enregistre la BO « Gaz'l ». On l'a aussi vu dans Passe-Passe de Tonie Marshall (2008) et plus tard, il sera au casting du Bal des Actrices de Maïwenn.

Le jaguarr

JoeyStarr est-il rangé des Merco-Benz ? Après avoir été longtemps le compagnon de Béatrice Dalle, l'éternel sale gosse du hip-hop fonde une famille avec une jeune femme journaliste. Il a désormais deux enfants, Mathis et Kalil. D'un point de vue politique, celui qui n'a jamais mâché ses mots avec NTM s'engage de manière plus concrète. Il co-fonde en 2005 le collectif Devoirs de Mémoire, qui ?uvre à mettre en exergue les discriminations et à faire connaître l'Histoire - notamment les questions d'esclavage et la colonisation française -, ceci dans une dynamique de réflexion politique et sociale. Il mène aussi campagne avec Jamel Debouzze et Jean-Pierre Bacri pour inciter la jeunesse à s'inscrire sur les listes électorales. En 2006, il sort son premier album solo Gare au Jaguarr et fait l'Olympia. Le 13 mars 2008, NTM annonce sa reformation le temps d'une tournée et de cinq concerts à Bercy (Paris). 

Après une re-formation scénique de NTM en 2008, JoeyStarr est rattrapé par ses dérives et subit une lourde condamnation en 2009 pour des violences volontaires. Le 12 juin 2009, il écope de deux ans de prison dont six mois fermes et est immédiatement placé sous mandat de dépôt. Après ce nouveau déboire, JoeyStarr intègre le casting de la série Mafiosa diffusée sur Canal +. Son rôle dans le film Polisse de sa compagne Maïwenn Le Besco en 2011, retient particulièrement l'attention. En octobre de la même année Le Jaguarr sort son deuxième album solo intitulé Egomaniac, tandis que l'homme se dit enfin apaisé. 

Copyright 2011 Music Story Paula Haddad

Sniper

Sniper
En son temps, il y eut NTM aujourd'hui c'est ce quatuor de la galaxie hip-hop qui fait l'objet des foudres du Ministère de l'Intérieur, en l'occurrence représenté par Nicolas Sarkozy, fin 2003. De leurs doux patronymes scéniques El Tunisiano, Aketo, Black Renega et DJ Boudj, les quatre "sauvageons" attaqués en justice pour des paroles qualifiées de "violentes, racistes et injurieuses", ont tous participé à divers groupes de la région parisienne (M Group, Comite, Personnalité Suspecte, KDM, Kaotic...) avant de se rencontrer et d'adopter le nom de Sniper au Hip-Hop Folies de La Rochelle en 1997. En 2001, leur premier album Du rire aux larmes annonçait sans ambiguïté la couleur, prenant une place de choix au sein du rap hexagonal et attirant notamment l'attention de Joey Starr qui les invitait sur une compilation. En 2003, Gravé dans la roche mettait le feu aux poudres, mais les membres du groupe ont menacé en retour de réagir eux aussi au plan judiciaire contre M. Sarkozy, pour "déclarations populistes et diffamatoires". Fait rarissime, Sniper a également été attaqué par un parti politique (l'UMP) à propos d'un titre de son second album (Jeteur de pierres), estimé "antisémite" parce qu'il fait allusion aux enfants palestiniens qui jettent des pierres contre les chars israéliens... On est effectivement loin de Lorie et la Star Ac.

Sefyu

Sefyu
Né au début des années 80 à Aulnay-sous-Bois, Youssef Soukoura se destine tout d'abord au football, évoluant au sein des équipes de jeunes du Red Star de Saint-Ouen et passant par le centre de formation du prestigieux club londonien Arsenal (Londres). Mais une blessure le contraint à renoncer à une carrière professionnelle. C'est alors qu'il se tourne vers son autre passion : le rap.

Qui est Sefyu

Comme souvent dans le milieu du hip-hop, c'est grâce à des participations à des mix tapes et compilations que le jeune rappeur se fait connaître à partir de 2001. C'est en 2004 que Sefyu met un premier pied hors de l'underground, grâce à son featuring sur le troisième album de Rohff (« Code 187 », sur le double intitulé La Fierté des Nôtres), l'un des plus gros vendeurs de l'industrie du rap. Il continue de participer à diverses compilations et albums, collaborant notamment avec Ol'Kainry, Dany Dan ou L'Skadrille, puis enregistre enfin, en 2006, son premier album personnel : Qui Suis-Je ?

L'album rencontre un certain succès (appuyé notamment par le clip de « En noir et blanc », dans lequel apparaît le footballeur « militant » Lilian Thuram) et contribue à accroître la réputation du rappeur, qui ne se repose pas pour autant sur ses lauriers et enchaîne les featurings avec constance (Humphrey, Seven, Rim'K, Aketo, Ol' Kainry...). Il fait d'ailleurs une apparition remarquée sur le single extrait du premier album de la chanteuse de R&B Kenza Farah (Authentik), puisque « Lettre du front » est l'un des tubes de l'année 2007.

Le rappeur enregistre un deuxième album, Suis-Je le Gardien de Mes Frères ?, qui sort au mois de mai 2008 et entre directement à la première place du classement des ventes d'albums, devançant Madonna. Le 28 février 2009, le public lui décerne une Victoire de la Musique en tant que Révélation de l'année. Les thèmes de Sefyu ne varient guère sur Oui Je Le Suis en octobre 2011, seule la tonalité rock de « Turbo » apporte une pointe d'originalité à l'ensemble.

Copyright 2011 Music Story Mikaël Faujour

Un sélection d'albums

GoodDeal

Booba

Lunatic [+3 Vidéos +Livret Digital]

Lunatic [+3 Vidéos +Livret Digital]
En nommant son cinquième album « officiel » comme le duo qui l'a révélé, Booba a mis du sens : retour aux sources ? Voie sans issue ? Qu'importe, dans ce milieu autarcique qu'est le rap français, il importe avant toute chose de faire le buzz, et plus on suscite de commentaires, plus on entretient l'intérêt commercial. Au-delà de ce clin d'?il à des temps révolus, Booba est définitivement le plus américain des rappeurs français, au point de vivre l'essentiel de son temps au pays de l'Oncle Sam et de Tony Parker, où il a d'ailleurs enregistré ce Lunatic, à Miami.

Du pays de Barack Obama, il a aussi emprunté quelques locomotives, qui ne sont pas ici par le fruit de tractations monnayées, mais bien parce que le MC de Boulogne est respecté outre-Atlantique. P Diddy (qui a récemment invité Booba à le rejoindre sur scène à New York) sévit donc sur le single « Caesar Palace », un club filler dédié à Las Vegas, où le clip de rigueur a été obligatoirement tourné. C'est Akon qui pose sa voix claire sur « Lunatic », en place d'Ali que les fans des temps anciens avaient rêvé, et T-Pain, l'apôtre de l'autotune qui s'invite sur « Reel » avec son gimmick technologique désormais usé, et Ryan Leslie, producteur de renom (Cassie, Beyoncé, Snoop Dogg etc.), qui partage « Fast Life », titre qu'il produit par ailleurs.

En dix-huit titres bien tassés, Booba essaye de recoller au peloton, puisque depuis 2009 et son 0.9, le rap a fait table rase de sa génération pour s'exciter sur des Orelsan ou des Sexion D'Assaut plus frais. Du rappeur, on retrouve le flow rugueux et cette façon unique de malaxer les mots, en les sertissant de quelques punch lines vigoureuses. Effet de l'âge, ou bien du son texan sous influence de la codéine, la couleur générale de cet album est lentissime, lourde et pesante, avec beats appuyés, et peu de fioritures. Les thèmes abordés restent dans un certain classicisme boobaien, description d'un univers fantasmatique de flambeur, de gangster urbain obnubilé par l'argent et ses signes extérieurs les plus voyants. De « Si tu savais » en « Lunatic », les ch?urs masculins sucrés s'insinuent pour édulcorer un peu le propos, toujours vindicatif. Car tout le monde en prend pour son grade : du président en fonction à Ni Putes Ni Soumises, en passant par un célèbre animateur de la radio nationale qui reste la seule à programmer ses chansons ! Et bien sûr ses homologues à succès (Diam's, Sinik...).

L'ensemble est moins affûté que précédemment, ou alors on s'habitue, ou c'est que Lunatic est trop bourratif avec son unicité de beat indolent, ses morceaux souvent trop longs, et qu'on n'est plus surpris par ce déroulé d'une vie et d'une carrière déjà abondamment commentés par leur héros. Il n'en reste pas moins que le flow de Booba est toujours loin devant, immédiatement reconnaissable et puissant, avec sa propre rythmique incarnée. En insistant sur ses fondamentaux, Booba ne risque de séduire que ses aficionados déclarés, au lieu de développer son marché.

Jean-Eric Perrin

Copyright 2011 Music Story
GoodDeal

Sinik

Le Côté Malsain

Le Côté Malsain
Il a décidé de tirer sa révérence. Du moins c'est ce qu'il a annoncé. Après l'échec de Ballon d'Or, Sinik avait déjà déclaré se consacrer désormais à la production. Pour définitivement boucler la boucle, le rappeur sort Le Côté Malsain, un « street album », clin d'?il au premier. Pour l'occasion, il en propose deux versions dont une collector qui contient pas moins de 30 titres. 

Sinik ouvre cet album-testament avec un titre personnel et approprié « 100 regrets ». Il poursuit la veine introspective dans « Collision », où il évoque son parcours de la délinquance à son rôle de père (en duo avec Youssoupha). « Miroir sans teint » analyse son succès dans le rap, avec cette formule qui fera sourire « On m'a dit si t'as les clés de la réussite, faut faire un double ».  

Celui qui s'est fait connaître par un style « hardcore » reste fidèle à ses obsessions thématiques pour ce dernier round, comme le quotidien de la rue (« La Loi du plus fort », « Sale môme »). « Retour » referme cette édition simple de 18 titres avec pour objet la question de l'intégration.  

Côté remix, le rappeur des Ulis adapte « La Vie qui va avec » de Sefyu sur le même système. Sur la boucle de piano de « Promise Me » (Beverley Craven), « Boule de cristal » livre une vision plus ou moins anticipée de l'avenir. Reste à savoir ce que la boule de cristal réserve à Sinik.  

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Orelsan

Le Chant Des Sirènes

Le Chant Des Sirènes
Si Orelsan avait appelé un de ses premiers titres Le Chant des Sirènes, il aurait probablement moins connu le poids du buzz qu'avec son controversé « Sale pute ». En 2009, le texte jugé comme une apologie de la violence conjugale l'avait conduit à être déprogrammé de plusieurs scènes.

Du coup, l'album reflète en partie l'expérience d'un rappeur passé au crible des medias. Cette notoriété soudaine, Orelsan a failli la fuir définitivement pour retourner à l'anonymat. Il l'explique dans l'explosif « Raelsan ». Il répond à celles qui l'ont scotché sur le banc des accusés. « Merci pour le coup de pub, merci les Chiennes de garde pour le coup de pute ». Ca c'est fait.

Qui se cache derrière le chant homérien ? Orelsan n'a pas changé même si le look vestimentaire a évolué. L'album est un concentré de noirceur, chargé en formules décapantes, cyniques et désabusées (L'imparable « Plus rien ne m'étonne »). Côté musical, le mixage met en valeur le flow clair du rappeur, mais le son rétro-futuriste selon l'expression d'Orelsan est vite fatiguant.

Orelsan pratique à nouveau un rap entre réalité et fiction qui déroutera les inaccoutumés du format. « Suicide social » est un sommet du genre, où un dépressif aligne les clichés sur toutes les composantes de la population. A voir jusqu'où le second degré sera entendu. Au texte gentiment provocateur de « Double vie » sur un mini-DSK, répond le sentimental « Finir mal ». On peut zapper « La Terre est ronde » qui n'a rien à envier au « Heal the World » du géant Jackson.

Dans l'interlude « 1990 », le B-Boy Orelsan nous fait le coup de la nostalgie hip-hop. En « 2010 », on le retrouve dézinguant à tout va, la plume de Grégoire et le téléchargement illégal. « La Mort s'en bat les couilles de ta vie » est la sentence finale de l'album. La messe est dite.

Copyright 2011 Music Story
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