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Un sélection d'artistes

Coluche

Coluche
Enfant d’un milieu populaire, Michel Colucci est né en 1944 à Paris. Fils d’une mère fleuriste et d’un père peintre en bâtiment d’origine napolitaine, le futur Coluche perd son géniteur, atteint de la poliomyélite, alors qu’il n’a que trois ans. Pas vraiment doué pour l’étude, il laisse vite tomber sa scolarité après son certificat d’études et vit alors de petits boulots, tout en essayant de percer dans le milieu musical, au sein de quelques groupes éphémères et sans postérité fondés avec quelques copains de Montrouge. Un court passage sous les drapeaux lui offre son premier public (ses camarades de chambrée) et, surtout, ses premiers ennuis pour insubordination. Insubordonné, justement, Coluche le restera toute sa vie.

C’est l’histoire d’un mec...

Revenu à la vie civile, Michel Colucci commence à graviter dans le milieu des cabarets et des cafés-concerts de la Capitale. Bien qu’il se compose un petit répertoire personnel en compagnie des frères Alain et France Pellet, au sein du groupe Les Tournesols (par la suite rebaptisé les Craignos Boboys), c’est surtout l’interprétation des succès des grands chanteurs populaires de l’époque, Ferré, Lapointe, Montand, Vian ou Brassens que réclame le public des cafés du Quartier Latin aux trois compères. Entre 1966 et 1967, les Tournesols évoluent dans un registre un peu tristouille, très réaliste, copiant avec plus ou moins de réussite les grandes envolées lyriques et gauchistes de Ferré ou Brassens, sans vraiment trouver le souffle de ces grands messieurs. Lassé de chanter la misère du monde, Michel Colucci, qui, en outre, ne s’avère guère un chanteur très doué, arrête les frais et décide de se consacrer à la chanson humoristique en compagnie de trois chansonniers, Jean-Claude Dagostini, Xavier Thibaud et Jacques Delaporte.

De spectacle de cabarets en prestations devant des salles aux trois quarts vides, le groupe s’habitue à la rudesse de la vie de Bohême et aux publics « difficiles ». Leur carrière ne s’avérant pas vraiment lucrative, les musiciens sont obligés de multiplier les petits boulots à côté de leurs prestations scéniques pour payer les factures et le loyer. Coup de chance pour Coluche, c’est alors qu’il sert des verres derrière le bar de « Chez Bernadette » qu’il fait la connaissance d’un chanteur à la gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec, George Moustaki, qui sympathise avec lui et accepte de l’héberger et de lui apprendre quelques ficelles du métier. Pistonné par Moustaki, il devient régisseur pour le cabaret « La Méthode », rue Descartes (forcément...) et y rencontre Romain Bouteille, directeur de la troupe du Café de la Gare. Convaincu par le potentiel comique de ce jeune parigot rondouillard, Bouteille l’engage pour son spectacle aux côtés de jeunes inconnus qui seraient vite amenés à ne plus l’être : Miou-Miou, Henry Guybet, Patrick Dewaere, Gérard Depardieu ou Thierry Lhermitte.

Premières scènes, premiers sketches, premières télés

C’est sur la scène du Café de la Gare que Colucci, ayant troqué son patronyme contre celui de Coluche, fait ses premières armes et créé le personnage de « beauf » qui fera son succès. Mais s’il évolue sous la houlette de Bouteille, il commence également à tâter d’autres bouteilles pour compenser sa timidité maladive. Une situation qui aboutit à un clash avec son Pygmalion car, Coluche, devenu alcoolique, peut occasionnellement se montrer violent. En 1970, le divorce avec le Café de la Gare est consommé et Coluche est sommé de quitter la troupe. Accumulant les figurations dans plusieurs films (Le Pistonné de Claude Berri, aux côtés de Guy Bedos, Peau d’Âne, de Jacques Demy, Laisse aller, c’est une valse, de Georges Lautner...), La silhouette joviale de Coluche commence à devenir familière au public.

En 1971, la route de Coluche croise celle de Jacques Martin - dont on oublie trop souvent qu’il fut, à ses débuts, un provocateur et un subversif - qui recommande le jeune comique au producteur de télé Georges Folgoas et lui conseille – non sans malice – de lui confier la co-présentation de l’émission Midi Magazine, avec Danièle Gilbert. Évidemment, les cinq premières émissions sont un festival de n’importe quoi et la gentillette mais monolithique Danièle Gilbert n’arrive pas à contenir les délires verbaux et l’improvisation constante de son co-présentateur. Panique à bord : l’émission s’arrête au bout d’une semaine. Qu’importe, le visage de Coluche est désormais connu de la France entière et, s’il s’est créé une image de butor vulgaire aux yeux d’une partie de l’audimat, une autre plébiscite ce petit gros capable de foutre un boxon pas possible dans la très sage télé de son époque.

Le star-system

Ce surcroît de notoriété permet à Coluche de monter sa propre troupe, « Au vrai chic Parisien – Théâtre vulgaire », comprenant les débutants Claire Nadeau, Philippe Bruneau (le futur moustachu lunaire du Collaro Show), Roland Giraud ou Martin Lamotte, et de produire sa première pièce Thérèse est triste, festival d’humour de corps de garde, de seins nus et de fesses à l’air. Gaulois et grivois, le spectacle rencontre un succès monstre et d’autres pièces sont lancées à la suite. L’une des comédiennes, Véronique Kantor, tape particulièrement à l’œil du directeur de la troupe : il l’épousera en 1975. Mais ses anciens démons rattrapent Coluche, qui ne s’est jamais vraiment mis au régime sec, qui est contraint de s’en aller à nouveau.

Commence pour lui une carrière solo qui le verra créer ses plus célèbres sketches. Télés, scènes, radios, cinéma : Coluche est partout et devient une figure incontournable de l’humour à la française. En 1974, après une brouille avec le producteur Paul Lederman, Coluche annonce ses adieux à la scène. Adieux plus que provisoires puisqu’il ne s’en va que pour mieux revenir : le 19 mai 1974, au soir de la victoire de Valery Giscard d’Estaing, l’un de ses sketchs est diffusé en prime-time, du fait – télévision de l’époque oblige – du retard du candidat battu François Mitterrand pour une allocution en direct. Cette décision, imputable à Guy Lux, vaut à Coluche une reconnaissance nationale. Ce ne sera pas la dernière collaboration entre les deux hommes puisque Guy Lux participera au sketch Le Schmilblick, parodiant une émission radio qu’il animait alors.

L’incontournable

Entre-temps, Coluche est devenu l’un des humoristes préférés des Français, à égal avec Thierry Le Luron, avec lequel il se mariera « pour le meilleur et pour le rire » en 1985. Mais au cours des années 1970 et 1980, c’est surtout à la télévision et au cinéma qu’il officie. S’il reste un acteur assez limité (en dehors de Tchao Pantin, dans lequel apparaissent Gogol Ier et sa Horde), Coluche a toujours évolué peu ou prou dans le même registre du gentil naïf, que ce soit dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, l’Aile ou la cuisse, Banzaï ou La vengeance du serpent à plumes), il s’impose comme une bête médiatique, capable de faire partir en sucette n’importe quel show télévisé, n’hésitant pas à bousculer les politiques invités, forçant ses derniers à rire jaune en direct comme ce fut le cas pour Jack Lang, qualifié de « ministre du temps perdu à un prix fou » lors de la cérémonie des Césars 1984. S’il ne consacre plus à sa carrière de musicien, Coluche n’en retrouve pas moins d’anciens réflexes comme avec les sketches du violoniste aux gants de boxe, celui du rocker ou « Misère, misère », pendant lesquels il s’amuse à parodier ses prestations musicales des débuts. Il continue, cependant, à côtoyer chanteurs et musiciens : Carlos, Renaud, Gérard Lenorman, Daniel Balavoine... sont autant de familier de la fraternité Colucci, qui accompagneront le comique pendant la majeure partie de sa vie artistique. Animateur radio et télé, Coluche est contacté autant par Canal + que par Europe 1 pour assurer l’audimat.

Sans idéologie, discours ou baratin...

S’il paniqua la classe politique au début des années 1980 en annonçant une candidature-gag à la Présidence en 1981, Coluche, au milieu de la décennie, commençait à s’essouffler. Artistiquement d’abord, médiatiquement également. C’est pour sa remise en question via Tchao Pantin qu’il obtiendra un César en 1984. Mais cette consécration ne changera pas l’intimité de ce rigolard dépressif, dont la vie privée était largement moins souriante que l’image médiatique. Si les échecs commerciaux des films Le Bon Roi Dagobert et Le Fou de Guerre semblent indiquer un déclin de sa popularité, l’humoriste se relance en animant des émissions de radio et de télévision. En 1985, c’est à travers le caritatif qu’il pourra s’exprimer à nouveaux, créant Les Restos du Cœur et chantant l’introduction de la « Chanson des Restos » pour laquelle il battit le ban et l’arrière-ban de ses amis artistes. L’engagement du comique auprès des démunis lui vaut un important soutien et, dès 1985, les premières distributions de vivres sont organisées sous la houlette des Restos du cœur. Afin de contribuer au succès de son organisation caritative, qui a reçu le soutien de l’Abbé Pierre, Coluche n’hésite pas à s’exprimer devant le Parlement français, puis son homologue européen pour sensibiliser les députés, aux problèmes de stockage et d’imposition des dons, ce qui aboutira, en 1988 au vote d’une Loi Coluche en 1988, défiscalisant les dotations faites à des œuvres caritatives. Une loi dont le comique ne profitera pas, décédé le 19 juin 1986 dans un accident de moto. Accident qui fera couler beaucoup d’encre, remettant sur la table toutes les théories conspirationnistes possibles et imaginables.

Artiste ayant acquis une postérité incontestable, Coluche est la référence incontournable de la scène humoristique française. Il n’est pas un seul fantaisiste, fut-il à des années-lumières des référents de Michel Colucci, qui ne se réclame de lui. Si l’on devait lister tous ceux qui se réclament de son héritage, plusieurs photos de classe n’y suffiraient pas. Le Coluche chanteur des débuts s’est vite éclipsé devant le Coluche acteur et comique, il n’en reste pas moins qu’il fut l’inspirateur d’un certain nombre d’artistes, de Renaud aux Enfoirés, qui marchent encore aujourd’hui dans le sentier qu’il a tracé. Qui ne sait fredonner « Putain de camion », « Vieille Canaille » ou « La Chanson des Restos » aujourd’hui ? S’il n’est pas entré dans le monde de la chanson par la grande porte, Michel Colucci n’en fut pas pour le moins un inspirateur de premier ordre.

Copyright 2010 Music Story Benjamin D'Alguerre

Un sélection d'albums

None

Jean-Pascal

Qui Es-Tu?

Qui Es-Tu?
Conçu pour surfer sur l’image de trublion construite par Jean-Pascal durant sa participation à la Star Academy, cet album composé de douze titres joue avec une certaine adresse des qualités de son interprète, qui fait usage de son registre de kéké méridional pour des chansons gentiment humoristiques (les inévitables « Agitateur » et « Brigtte Bardot », et le plus réussi « La chanson con ») ou des essais de titres pop un peu moins réussis, mais sympathiques. Sans révolutionner l’art musical, ce qu’il n’a d’ailleurs jamais prétendu faire, Jean-Pascal se positionne très honorablement dans la tradition bien française des amuseurs de fin de banquet.

None

Paul Gilbert

Fuzz Universe

Fuzz Universe
Troisième album instrumental de Paul Gilbert, Fuzz Universe succède dans le genre à Get Out of My Yard et Silence Followed by a Deafening Roar. Le guitariste jamais avare de prouesses se contente de faire ce qu'il sait le mieux avec quelques amis fidèles représentés ici par Craig Martini (basse), Jeff Bowders (batterie) et son épouse Emi Gilbert aux claviers.

Fuzz Universe, donc, déverse un flot inextinguible de soli à donner le vertige et d'effets phénoménaux qui ont fait de Paul Gilbert l'une des gâchettes les plus rapides de l'Ouest de ces vingt dernières années. Certains titres comme « Fuzz Universe », « Olympic » ou « Will My Screen Door Stop Neptune » ne sont pas exempts d'aspects mélodiques compensant la haute technicité de l'ensemble, aux côtés de la relecture d'une Partita de J.S. Bach (« Bach Partita in D Minor ») et d'un clin d'oeil à Jimi Hendrix (« Don't Rain On My Firewood »).

En définitive, les habitués du guitariste américain trouveront là l'un de ses albums les plus réussis depuis Space Ship One (2005) et les novices l'occasion de revoir leur jugement sur les guitaristes virtuoses.

None

Bézu

Bézu Au Bal Musette

Bézu Au Bal Musette
Tout se résume dans le titre, Bézu au Bal Musette (2004) est le disque idéal à glisser dans le jukebox pour animer tout bal populaire et fête conviviale qui se respecte.

Notre Bézu national entonne gaiement les plus grands standards de la chanson franchouillarde, hymne à la valse musette et son incontournable accordéon (« Ah, le petit vin blanc », « Etoile des neiges »), à la java (« La Java bleue »), au titi parisien (« Un gamin de Paris »), aux quartiers de Paname (« Pigalle », « Sous le ciel de Paris ») et des bords de Marne (« A Joinville-le-Pont ») ou à Pierre Perrin (« Le Clair de lune à Maubeuge »), seul petit écart à quatre temps, avec l’arabisante « Ali Baba » que Bézu chantait avec le Grand St-Germain. Et pour clore le bal, celle qui fait la gloire du bonhomme, sa chanson « A la Queuleuleu » (1987) figurant au générique de l’émission de télévision La Classe, animée par Fabrice et diffusée sur France 3 de 1987 à 1994, le faisant connaître de la plupart des français.

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