La chronique
Zonoscope... drôle de nom d'album pour un drôle de groupe, australien et résolument électronique, mené par Dan Whitford depuis le début des années 2000. Drôle de disque aussi, à la fois chaud et froid, triste et gai, fédérateur et misanthrope, décevant et enthousiasmant, cohérent et dispersé.
Mettant en scène une New York envahie par les eaux, l'artwork de l'album rappelle à ceux qui auraient pu l'oublier que Dan Whitford n'est pas seulement un auteur, compositeur, DJ et producteur talentueux mais aussi un directeur artistique de haut niveau. Ici, il a eu la bonne idée de faire appel à l'imaginaire apocalyptique de l'artiste japonais Tsunehisa Kimura.
Comme dans sa musique, Whitford a le don de ces couleurs fantomatiques qui habillaient le précédent opus de Cut Copy. Attendu avec grande impatience par les amoureux de In Ghost Coulours, Zonoscope n'est pas moins chatoyant. Après une superbe mise en bouche, « Need you Now », heureux tube solaire et dans lequel la voix de Dan Whitford (et d'un ch?ur bien choisi) fait des merveilles, « Take Me Over » fait certes baisser la température. D'une pop très enjouée (ah, les « ouh ouh ouh » de Cut Copy !) mais quelque peu banale, elle a de quoi effrayer quant à la densité du disque. Pas de panique cependant, « Where I'm Going », joliment rétro et aux ch?urs sixties, jouit d'une batterie et s'éloigne le temps d'instant des boîtes à rythmes. L'objectif de Cut Copy est ici très clair : pas de frustration textuelle, pas d'interdits formels, et donc plus d'expérimentations. Et quelle importance qu'elles ne fonctionnent pas à tous les coups ?
Ainsi, lorsque des rythmiques tribales rencontrent des sirènes urbaines, cela donne une électro lancinante, celle de « Corner of The Sky ». Dans « This Is All We've Go » : on retrouve les accents qui nous ont tant plu dans In Ghost Colors, avec cet apport nostalgico-futuriste. Moins plaisant, « Blink and you'll Miss a Revolution » se laisse cependant écouter, et même danser si le c?ur y est, et s'imprime dans la tête au fil des secondes. « Alisa » est plus affirmé, transpercé d'éclairs psychédéliques. « Sun God », lui, s'impose comme une conclusion de longue haleine et volontairement inégale. Quant au bipolaire « Pharaoh and Pyramids », il est consciemment kitch et assez ludique, tout en étant étrangement proche des substances de New Order. En route, on peut compter sur un « Hanging Onto Every Heartbeat » sensuel et relevé : du beau Cut Copy.
Composé à l'ombre des arbres de Giorgio Moroder, des Pet Shop Boys ou de Dave Gahan, Zonoscope peut décevoir ceux qui espéraient encore mieux qu'In Ghost Colours, mais ne peut remettre en cause l'indéniable charisme des compositions de Cut Copy. L'album reste fidèle à l'esprit du groupe : construire des hymnes rétro et résolument modernes sur une base eighties. Et sans redite aucune - exploit ô combien complexe et souvent inévitable. La culture musicale de Dan Whitford, baignée de rock psychédélisme et de soubresauts krautrock, y est sans doute pour beaucoup...
Sophie Rosemont
Copyright 2011 Music Story
Réagissez