La chronique
Cet album d’Archive est celui qui a retenu suffisamment l’attention du public et des médias pour leur permettre de mettre sur pieds des tournées européennes, et construire une solide base de fans. Mais, il faut l’avouer, You All Look The Same To Me est un projet très inégal. Le message-titre, souligné par cette étrange pochette, conçue avec les photographies d’un Yearbook de 1972 d’une université américaine, est celui d’un groupe qui fuit la banalité comme la peste.
L’engouement créé par la chanson d’ouverture « Again » est mérité. En 16 minutes, Archive met tout le monde d’accord avec ce titre magistral, fruit d’un vrai travail de composition, de narration presque, tant il comporte une puissance d’évocation à laquelle plusieurs cinéastes, dont le français Olivier Dahan, ont été sensibles. Cordes, orgues et harmonica installent pendant les cinq premières minutes une mélancolie lascive puis le rythme prend et le morceau s’envole lorsque la voix de Craig Walker (ancien chanteur du groupe irlandais Power Of Dreams) explose.
Le problème est qu'avec une telle entrée en matière, il est difficile de ne pas décevoir ensuite. Or, la plupart des autres titres de l’album s’avèrent objectivement d’une qualité inférieure. Les 15 minutes brouillonnes de « Finding It So Hard », semblent indigestes après la finesse de mets tels « Now And Then ». On le sent, la filiation à Pink Floyd est revendiquée haut et fort (les claviers typiques de Richard Wright sur « Fool », l’étrange bruit de sonar de l’instrumental « Seamless » rappelle forcément le début de « Echoes ») mais elle est parfois trop lourde à porter.
Heureusement, l’album se termine par les notes apaisantes de « Hate » et « Need », mais en fin d’écoute, une sensation de gâchis, de regret persiste. En passant de long mois à concocter « Again », Darius Keeler et Danny Griffiths se seraient-ils épuisés à la tâche ?
Une sensation qu’heureusement Archive parviendra à faire oublier avec leurs albums suivants. Tous différents, mais chacun possédant une cohérence propre, qui réparera l’éparpillement opéré sur cet album.
Anne Yven
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