La chronique
Ici, les chemins se croisent et s’entrecroisent : le groupe sarthois Tue-Loup (sept albums du meilleur folk-rock à l’hexagonale) en délicatesse de succès, c’est néanmoins à Thorigné-sur-Dué (sa foire agricole, son massacre de la famille Leprince) que La Gueule du Cougouar (les civilisations précolombiennes le considéraient comme un dieu, mais il est, de toutes façons, bien plus rare sous nos latitudes que le loup), premier album en solo du chanteur Xavier Plumas, après une première escapade au sein de Fulbert, a été enfanté.
Cet effort initial a été produit par Gilles Martin (qui a travaillé avec Miossec, rencontré il y a peu par Plumas, à l’instar de l’icône Bashung), et accueille le sorcier ès bois et vents Renaud Garcia Pion, collaborateur d’Elvis Costello, ou le contrebassiste Vincent Artaud, toujours vacillant entre jazz et Debussy, chanson française (il a accompagné Henri Salvador), ou musique répétitive sous influence de Steve Reich. Et Nicolas Boscovic (réalisateur du deuxième album de la chanteuse Watine) y est venu prêter ses guitares.
Dix chansons sont composées par le patron – la Sarthe vue du ciel, ou de sous les arbres, mais toujours dans le clair-obscur -, puis il y a un instrumental (« Prédation », tout en arpèges de guitares hésitantes, tintinnabulements, et grondements de cuivres), ainsi qu’une reprise du « Run For Me » de Richard Hawley (ami d’enfance de Jarvis Cocker de Pulp, mais surtout voisin d’inspiration de Scott Walker, ce qui constitue une autre piste digne d’intérêt). On en conviendra : une sacré équipée, pour un projet supposé en solitaire, de multiples directions, et, donc, autant de sens. On attire notre attention sur « Ne demanderai rien » (chanson choisie comme single), où Plumas s’irrite de ce qu’il découvre sous les jupes de filles, mais « Le Secret des rivières », ouverture où le bois flotté remonte le cours de la rivière (avec « Nos eaux Profondes », ou « En zone inondable », l’élément liquide s’invite plus souvent qu’à son tour ici), comme le chanteur retourne à des émois de jadis, est très bien aussi. Ensuite, on reconnaît succomber (douce violence) au blues languide de « La Danseuse et les charpentiers », et à l’orgue liquide de « Par la fenêtre », et à sa jeune fille surprise par l’entrecroisement. Surtout, c’est cette voix de délicatesse et gracilité, ce chant qui ménage les harmonies entre les notes, comme une ligne de fuite dans la nuit qui vient, qui séduit. A l’instar d’un silence à peine rompu, des refrains qui sentent le bois mouillé, des mélodies éclairées au rare candélabre. Enfin, on baisse les armes, et avoue : La Gueule du Cougouar ne se raconte pas, mais se vit avec ses frissons intimes, ne s’achète pas, mais se loue comme une authentique réussite. C’est toujours compliqué de cette façon, avec les grands disques. Christian Larrède
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