La chronique
Il s'agit donc de l'album officiel de l'édition 2011 de la Coupe du Monde de Rugby. On écrit cela pour que, simplement, ceux qui seraient disposés à descendre du bus le sarcasme à la bouche, se méfient d'un plaquage cathédrale un peu trop appuyé. En effet, le rugby, comme tous les autres sports,s'accompagne d'une imagerie (la fraternité virile, les troisièmes mi-temps déchirées, les coups de crampon en douce)propice à faire sourire dans les chaumières. Sauf qu'ici, c'est vrai.
Et qu'est-ce qui est vrai dans cette sélection de 22 hymnes (c'est le livret qui l'affirme) en plus petits dénominateurs communs du royaume d'Ovalie? Tout simplement qu'il neviendrait jamais à l'idée d'un amateur de rugby de frissonner tout seul dans sa salle de bains en fredonnant «Swing Low»,ou «Land Of My Fathers».Ou «La Marseillaise».Mais qu'en groupes (bigarrés) et la chope à la main, la mélodie se chante bien différemment. C'est bien sûr pour cela que le meilleur de ces sélections (nationales) est interprétée en groupe,car, comme chacun sait, le groupe est tout en rugby. C'est sans nul doute pour cela qu'on ne dira pas grand-chose de la prestation d'André Rieu dans «Waltzing Matilda».De même, on restera peu prolixe quant aux différentes performances de la soprano Hayley Westenra (dont on nous assure qu'elle vend des disques par containers entiers), en particulier dans la chanson-titre, thème récurrent de la compétition, et qui, en ouverture, est sensée nous emporter sur sa fine chevelure blonde etune cohorte (au moins quinze) violons. Sans mauvais esprit, convenons que Dame Kiri Te Kanawa, c'était quand même autre chose en 2007.On sera toutefois reconnaissant à la jeune femme de 24 ans d'avoir enregistré le même thème en langue maori. Seule exception à la règle, un Roberto Alagna toujours impeccable dans l'hymne national, et celui qui évoque un soupçon de chauvinisme a plutôt intérêt à courir vite. Pour le reste, on conservera une indéfectible affection au Royal Scots Dragoon Guards, Kenyan Boys'Choir, et autre Fron Male Voice Choir: car, définitivement,c'est ainsi qu'on chante le rugby.
Le programme s'achève par un haka, ce truc un peu sauvage, qui se clôt généralement par une langue tirée et une incommensurable frousse. Ce qui reste une assez goûteuse définition du rugby. Et que les ricaneurs, encore une fois, attendent que l'équipe de France devienne championne du monde. Non mais.
Réagissez