La chronique
Considéré, à juste titre, comme un des meilleurs groupes français du début de ce siècle, Phoenix n’a pas l’habitude d’enchaîner les albums à un rythme effréné. Au contraire, ces quatre garçons dans le vent s’octroient en moyenne trois bonnes années avant de livrer un nouvel opus. Les disques de Phoenix sont toujours le fruit d’un travail de longue haleine. Ils se révèlent à chaque fois surprenants tout en offrant, bien involontairement, ce que le public attend d’eux. C’est ce son inimitable, le son Phoenix, très poli et très canaille à la fois, qui griffe de sa patte chacune de leurs chansons. La voix de Thomas Mars, superbe et très identifiable, y fait également pour beaucoup.
Wolfgang Amadeus Phoenix, le quatrième album du groupe versaillais, n’échappe pas à la règle. Dès les premières mesures, la mélodie étrangement familière de « Lisztomania » s’impose, et le charme n’a plus qu’à agir, avec une redoutable efficacité, tout au long des dix traditionnelles chansons de Phoenix. C’est alors un voyage dans le temps qui se déroule, des influences seventies du groupe à leurs premières amours électroniques. « 1901 » réinstaure les sonorités dites French Touch du premier album (United, 1999), « Fences » renoue avec la pop très rock de It’s Never Been Like That (2006).
Petit bijou précisément situé au milieu de l’album, le contemplatif et japonisant « Love Like a Sunset » se partage en deux parties que l’on ne pourrait cependant imaginer l’une sans l’autre. En près de 5 minutes, le très réussi « Rome » connaît plusieurs vies, tandis que « Lasso » est un morceau alliant à la perfection une pop un peu sucrée et un rock brut et ensoleillé. Enfin, « Girlfriend » et « Armistice » ferment en beauté non pas un livret d’opéra, comme il serait possible de le croire, mais une vraie déclaration d’amour à notre culture européenne.
Wolfgang Amadeus Phoenix… Pourquoi ressasser les mêmes thématiques anglo-saxonnes lorsqu’on peut raconter autre chose, quelque chose de plus élégant, emportant l’auditeur dans des terrains mélodiques propices au rêve éveillé ? Phoenix est un groupe français et fier de l’être. Et leur pays leur rend bien. N’est-ce pas le premier groupe ostensiblement français à s’illustrer sur la scène du légendaire Saturday Night Live américain ?
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