La chronique
Avec Who’s Next, le guitariste, claviériste, chanteur, auteur, compositeur et leader de The Who Pete Townshend valide deux idées déterminantes : on ne réécrit jamais Tommy. Et cela n’a aucune importance, tant que l’on conserve la faculté de composer les plus belles chansons rock qui soient.
Même s’il lui faut plonger dans la dépression nerveuse, et abandonner le vague projet d’une œuvre inspirée par la science-fiction (Tommy Goes Outer Space ?), le choc, psychologique et artistique, a, au moins, un effet salutaire, et c’est de permettre aux Anglais d’offrir ce qui reste vraisemblablement – ou pas loin – leur meilleur disque. Car Who’s Next est un enregistrement complet, qui distille quelques sublimes ballades (« Behind Blue Eyes »), un élégant solde de tout compte à la nostalgie des sixties (« Song Is Over »), et des hymnes politiques d’une amère lucidité (« Won’t Get Fooled Again », plus tard utilisé dans la série télévisée Les Experts).
Le tout baigne dans la luxuriance de synthétiseurs, dont Townshend est manifestement tombé amoureux (et qui permettent de rendre à deux reprises un hommage appuyé au compositeur répétitif américain Terry Riley), et bénéficie de prestations lumineuses du bassiste John Entwistle (qui nous gratifie d’un décontracté « My Wife » toutes fanfares dehors), du batteur Keith Moon, imparable tel une mitraillette rock, ou un serpent vicieux, c’est selon, et de Roger Daltrey, qui n’a vraisemblablement jamais aussi bien chanté. Et le violoniste Dave Arbus (ex East Of Eden) donne le tournis sur le morceau d’ouverture (« Baba O’Riley »), où il est invité.
Who’s Next (naturellement à emporter sur une île déserte, en lieu et place d’une trousse de survie), connaîtra le sort qu’on réserve en Europe aux chefs d’œuvre : triomphal. Quant aux charts américains, ils réserveront au disque la quatrième position, alors que « Won’t Get Fooled Again » et « Behind Blue Eyes » en seront les singles émérites.
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