La chronique
Depuis 1999, Kasabian construit sa carrière sur des bases assurées, dont les éminences restent des Beatles en kings of pop (album Revolver), et des Beatles apprentis-sorciers de l'expérimentation (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band), avec quelques gros bouts d'Oasis - le chanteur Tom Meigham reste la plus troublante imitation de Liam Gallagher de ce côté-ci du monde libre -, Blur, ou Arctic Monkeys dedans. Velociraptor! (une espèce de machin hargneux en forme de petit dinosaure, à la méchanceté duquel le film Jurassic Park a rendu hommage à longueur de mâchoires béantes), poursuit en onze chansons la quête acharnée de cette synthèse.
Ce quatrième album débute par deux hit singles potentiels, un « Let's Roll Just Like We Used To » illuminé par des cuivres en cavalcade, alors que « Days Are Forgotten » bénéficie d'une mélodie encore davantage chatoyante. Alors, on s'aperçoit bien vite que les chansons ont été échafaudées pour séduire, et s'installer dans la durée dans l'inconscient collectif, et on apprécie cette touchante attention : la chanson-titre ne peut que provoquer qu'une orgie de déhanchements aussi bêtas que roboratifs, alors que « Acid Turkish Bath (Shelter From The Storm) », comme son nom l'indique, résonne en ses six minutes d'hypnose comme une évocation moyen-orientale pour fin de party, et démontre que ces gens-là ont des lettres, à l'instar de « A Man Of Simple Measures », et son déhanchement pour caravane de Touaregs sous acides.
Si l'adhésion restera moins enthousiasme à l'écoute de quelques mignardises électroniques (« I Hear Voices » et ses sombres sequencers vintage, « Neon Noon », enrobé de nappes grésillantes, ou « Switchblades Smiles », entraîné par quelques arpèges démoniaques), on conservera la plus extrême des tendresses pour « La Fée Verte », chanté par le guitariste Serge Pizzorno, et en français dans le titre : partant d'un constat séminal (boire de l'absinthe, ce n'est pas bien), Kasabian transforme la mélopée en hommage à « Lucy In The Sky with Diamonds » (citée dans la chanson), grâce à un lyrisme décharné. Afin de succéder à une production qui constitua son plus gros succès commercial (l'album West Ryder Pauper Lunatic Asylum), Kasabian choisit l'ambition d'un disque protéiforme, d'une musique à tiroirs, et de surprises en cascade. Saluons l'intention, et, de par le fait, le meilleur album du groupe.
Un album salué par la presse anglo-saxonne comme le grand-?uvre du combo : cette dernière n'hésite pas à ouvrir grande la porte du placard aux superlatifs et appréciations louangeuses, d'hypnotique à magistral, en passant par meilleur disque de l'un des meilleurs groupes britanniques. Á noter que l'album bénéficie d'une édition luxe incluant un DVD, en témoignage d'un concert irlandais du groupe.
Christian Larrède
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