La chronique
Saluée comme il se doit dans ses précédents opus (l'album Salt Rain lui permit d'être en 2001 couronnée par la BBC), et reconnue en France, où ses disques sont régulièrement certifiés disque d'or, comme l'une des figures éminentes des musiques du monde, Susheela Raman offre avec Vel une nouvelle facette de ses délicieuses obsessions pour les épousailles entre musique carnatique (papa est un musicien britannique d'origine tamoul), rock, et folk, comme si elle enserrait dans sa voix de fauve indomptable tous les mystères de l'Orient, de l'Afrique et de l'Occident.
Accoutrée dans une iconographie volontaire d'un habit sombre directement inspiré de l'univers de la tauromachie, et sous une appellation clairement guerrière (Vel signifie javelot) la jeune femme s'éloigne définitivement ici des tentations pop, certes fédératives mais terriblement tièdes, qui ont parfois entaché ses efforts précédents.
Son compagnon (le guitariste Sam Mills) et elle réalisent, grâce à des incursions réussies dans le domaine du blues, et dans l'extase zen, à offrir - exploit - l'album le plus achevé de la dame, car à la foi imprégné à chaque mesure de ses racines indiennes, et en prise directe avec l'actualité de la musique actuelle. Les émotions véhiculées, l'ardeur de l'interprétation, une évidente force spirituelle, et un sens intact pour les climats hypnotiques permettent à Susheela Raman d'atteindre ici la même intensité ici que lors de ses prestations scéniques, à juste titre renommées pour leur incandescence.
Les croisements esthétiques comme signe d'une nouvelle universalité, et la ferveur comme ciment de chaque instant : la joie des mixages entre culture africaine, rythmique occidentale, et béatitude indienne, et cette nouvelle expression à usage planétaire font assurément de Vel l'un des sommets de l'année.
Christian Larrède
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