La chronique
Il est à parier que si l'on tente de lui accoler une quelconque étiquette, Eric Legnini s'empressera de fuir à grandes enjambées les metteurs de musique en boîte. D'autant qu'avec The Vox, le pianiste, et désormais producteur, compositeur et arrangeur, ne se contente pas de célébrer à sa manière une quarantaine propice aux remises en question et aux virages esthétiques, mais décide de prendre définitivement en main une culture du sample au service d'une virtuosité inspirée, à moins que ce ne soit le contraire.
Et, encore mieux, de marier tous les pôles de cette musique, qui vogue de l'afrobeat aux références obligées aux grands anciens (Herbie Hancock), du blues bleu d'Harlem la Noire, à la pop en kaléidoscope multicolore. Versant jazz, c'est une fidèle section rythmique (le contrebassiste Thomas Bramerie, et Franck Agulhon à la batterie) qui est mise à contribution. Le funk claque dans les doigts de Daniel Roméo, Belge et bassiste, et du guitariste Kiala Nzavotunga, Congolais et ancien compagnon de Fela. L'Américaine de Paris Krystle Warren teinte ici à six reprises le jazz de toutes les couleurs sépias d'une folk-music en clair-obscur, ou de la fièvre sensuelle de la soul-music.
Enfin, c'est une fière section de cuivres, entraînée par le saxophoniste, clarinettiste, et flûtiste Boris Pokora, en écho revendiqué des très riches heures des Brecker Brothers, qui vient irradier les onze thèmes. Autant dire que c'est une gageure d'évaluer qui l'emporte ici de l'afro, du jazz, ou du beat (et du rhythm and blues, et du funk), tant l'ensemble s'harmonise autour du projet d'un homme, mais se nourrit de la contribution d'une invraisemblable collection de talents protéiformes.
Traversée en douceur - mais pas sans fièvre - de quarante années de swing (de l'afro-funk nigérian des seventies à l'éclatement catégoriel actuel, en passant par la sophistication du Swingin' London des sixties, ou la froide implacabilité des rythmes des années quatre-vingt), The Vox danse, chante, et virevolte. Et nous avec.
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