La chronique
Dix ans après le légèrement sur-étiqueté Wonderful, et après plus de trois années de préparation (compositions, et rodage des chansons en concerts londoniens), Madness revient, et pas vraiment sur la pointe des pieds, ni l’économie d’un come-back simplement propice à encaisser les dividendes de la nostalgie.
Leur neuvième album (vingt-trois chansons enregistrées, pour quatorze thèmes retenus), produit par l’historique compagnon du groupe Clive Langer, a également bénéficié des manettes magiques de l’ingénieur du son Liam Watson (mixeur roboratif de l’Elephant des White Stripes), et prend le pari conceptuel d’un véritable opéra pop, évocation d’un quartier de Londres – aujourd’hui disparu – qui abrita jadis artistes, créateurs, travestis, femmes légères et mauvais garçons, toutes populations aptes à effrayer le bourgeois.
Chacun des sept membres de ce qu’il faut bien considérer comme un groupe historique a tenu à apporter sa pierre à l’ensemble des compositions, et c’est comme un parfum d’éternité qui embaume : pianos sautillants, ritournelles de caf’conç (ou son équivalent outre-Manche), vaudeville, ambiance de music-hall, et pop légère en évocation primitive et naïve de la fraîcheur des sixties et du Swingin’ London, édifient mesure par mesure des chansons comme une histoire, et une histoire comme toute une vie. L’invitation faite sur « On the Town » à Rhoda Dakar (emblématique chant de The Special Aka) n’explique pas toute la saveur de l’album, car dans le magnifique équilibre des compétences (l’historique leader Mike Barson ne signe que deux thèmes, mais dont le hit en puissance « Sugar and Spice », Lee Thomson s’est arrogé avec « Dust Devil » l’un des premiers singles extraits de l’album, et le chanteur Suggs, longtemps considéré comme le pitre anecdotique de la bande, compose en « Forever Young » le bien nommé la mélodie la plus instantanée du lot), Madness n’est plus désormais cette cohorte de clowns sympathiques, considérés comme éternels poids-légers de la pop britannique. Pour preuve, les plus de dix minutes de l’épique et cinématographique et conclusive chanson-titre, véritable défilé de caractères, pop-song, orientalismes, et scènes de genre tout à la fois.
The Liberty… rappelle que dans les vieux pots, point de recette, mais, comme ici, la démonstration d’un savoir-faire sensible, et la prise en compte talentueuse du temps qui passe, et des rides qui vont avec. Magistral.
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