La chronique
Une nouvelle fois, Luc Besson fait appel à l'un des éléments-clé de sa fidèle équipe pour composer la bande originale de sa nouvelle production, et, une nouvelle fois, Eric Serra délivre une partition bien davantage partie prenante du film (dans la mise en perspective et harmonie des différents belligérants du scénario) que simple illustration redondante des images.
Le quinquagénaire aura eu à gérer l'entièreté des 31 plages de l'album, puisque simplement « Soldier of Love », standard de Sade, aura été retenu en élément extérieur, et comme illustration du post-générique. De par le fait, on peut être à la fois subjugué et surpris par le parti-pris esthétique du compositeur, qui laisse une part belle aux orchestrations (« Banners of Freedom »), voire aux ondulations orientales (« Seytcha Seytcha »), en grille de lecture plus explicite quant à la dramaturgie dépeinte par le film, quitte à offrir en creux à quelques thèmes (« Rangoon Family Home ») le caractère paisible mais un peu hébété d'une musique new age.
On le comprendra : on est loin de l'Éric Serra passé maître en matière de rythmes qui s'entrechoquent sur un tempo synthétique. Ici, les larges nappes musicales prédominent, symbolisant à la fois la ténacité, la douceur, et la puissance induite d'une femme qui fait vaciller les dictatures. Ainsi, lorsque violoncelles et contrebasses incarnent l'âpreté d'un pouvoir politique à bout de souffle, les vents et flûtes identifient le combat sans cesse renouvelé d'une femme isolée mais pas seule, jusqu'à la proclamation de victoires resplendissantes, à grands renforts de cymbales.
Une musique de programme, certes, mais une partition assez riche et polymorphe pour se suffire à elle-même : la circonstance est assez rare pour mériter d'être soulignée.
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