La chronique
Trent Reznor est, lentement, subtilement, en train de devenir l'un des musiciens les plus importants de sa génération : de sa folle et dense carrière avec Nine Inch Nails (dont il est l'entité unique depuis plus de vingt ans) à ses projets parallèles comme How To Destroy Angels, en passant par ses musiques de films (Seven, Fight Club, Lost Highway...), l'Américain, ici associé à Atticus Ross, comme sur la bande originale oscarisée de The Social Network, se transforme peu à peu en musicien et producteur incontournable, malgré un univers très sombre bien défini, pointilleux et sans concessions.
L'orfèvre David Fincher a évidemment bien fait de s'allouer les services de Trent Reznor et Atticus Ross pour cette bande originale de The Girl With The Dragon Tattoo, premier volet de la trilogie littéraire grand public Millenium, ici traduite en français par Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes. On se souvient de l'intelligence et de l'originalité de la musique de The Social Network. Ici, Trent Reznor et son complice réitèrent, en mieux. Cela commence par le thème principal du film, une sauvage reprise du « Immigrant Song » de Led Zeppelin, toutes griffes dehors, avec cette basse énorme, et les hurlements de Karen O, tigresse déjantée des Yeah Yeah Yeahs.
Puis le disque s'assombrit, inexorablement... Trent Reznor dresse des passerelles sensorielles entre son travail avec Nine Inch Nails et ses compositions pour le cinéma. Le paranoïaque « People Lie All The Time » sert de pont fortement anxiogène pour accéder au très tendu « Pinned And Mountain », tout en claviers malsains et en beats percutants. Le très « indus » « A Thousand Details » est lui l'exact contraire du renversant « What If We Could? », divagations au piano d'une beauté saisissante dont on ne se remet pas. Trentz Reznor et Atticus Ross ont aussi leur chic pour fomenter des ambiances glaciales et angoissantes à souhait : « Hypomania », même sans les images du film, nous renvoit à nos pires démons. Personnalités anxieuses, s'abstenir.
Il serait laborieux de commenter les trente neuf titres (et plus de trois heures de musique) de cette bande très originale. Retenons juste que la musique rugueuse, cabossée, et pourtant tellement fine et précise de Reznor et Ross semble avoir été inventée uniquement pour le type d'ambiance proposé par David Fincher dans ses films. The Girl With The Dragon Tattoo, tout film-de-commande qu'il est, s'avère être parfaitement réussi. On en dirait autant de sa musique que l'on serait encore bien en dessous de la vérité. The Girl With The Dragon Tattoo risque de vous coller à la peau, et pour très longtemps.
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