La chronique
Lorsqu'on a reçu le disque, il était tout dégoulinant. Gluant de choses pas convenables qui collaient aux doigts, et débordant de fluides peu orthodoxes : souvenons-nous en ce cas de sécrétions peu raisonnables (les obsessions récurrentes des adolescents d'American Pie), et soutenons ces jeunes têtes blondes qui utilisent les chaussettes (Jerking Socks) à autre chose que se prémunir contre les mycoses. Bienvenue : vous êtes en Shaka Ponk.
Nominé dans la catégorie Révélation de la scène de l'année au royaume des Victoires de la Musique 2010, Shaka Ponk n'a pas, et c'est heureux, été couronné, car cela aurait été la débandade. Par ailleurs, CC, Goz (jadis singe virtuel qui inaugura leurs parties de chant en concert en s'imposant sur un écran géant en fond de scène) et tous les autres ne se laissent pas démonter, tournent comme des obsédés, et enregistrent - en Espagne et ailleurs - un troisième album conçu comme le rêve insensé d'un adolescent qui se lâche, aux simples prémisses d'une rencontre potentielle entre The Chemical Brothers et The Ramones.
Partant du principe bien établi qu'on ne copule jamais mieux que le ventre vide, les Shakas s'inventent un addenda au Kama-Sutra, complétant les 69 positions - et davantage - de l'incunable initial. Le tout sur fond de pétulance à la Ministry, voire de recyclages de riffs brevetés Aerosmith meets Run-DMC. Juste après avoir extrait des fins fonds d'une discothèque bien tempérée quelques albums poussiéreux des Scissor Sisters ou de Frankie Goes to Hollywood on se figera, roide, face à l'intervention du rappeur américain Beat Assaliant : venu de Miami (vice), notre trentenaire impulse un parfaitement moite « Old School Rocka » au riff gras et lourd totalement roboratif. Plus tétanisant, on salue la visite de Bertrand Cantat, qui, dans le très francophone - sic - « Palabra Mi Amor », permet au groupe de sonner comme un early Noir Désir prenant d'assaut la salle des fêtes du Grand-Parc (R.I.P.) de Bordeaux.
Donc, les Shaka Ponk mettent le feu, et c'est leur droit. Mais ils le font sans le sérieux d'entertainers conventionnés, ni la bassesse de rockers chansonniers, frileux et convenus. L'érection d'un grand groupe ?
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