La chronique
À son tour, le jeune prodige Mika, plus grand triomphateur pop de la fin des années 2000, se trouve face à cet éternel dilemme : comment survivre à un succès planétaire. La malédiction du deuxième album, en quelque sorte.
Le « We Are Golden » annonciateur de l’album n’a guère été rassurant, par son mimétisme Queen forcené, à la limite du gênant, avec ses dégoulinades de chœurs, ses montées vertigineuses, ses breaks téléphonés. On retrouve sur The Boy Who Knew Too Much ce qui a fait la grâce de Life in Cartoon Motion, cette voix de tête, capable d’escalades vers les sommets, ce sens mélodique hérité de la grande tradition pop à la Elton John, avec ce léger glaçage dance, plus générationnel. « Rain », à cet égard, est un autre tube à venir, puissant comme un orage de printemps.
« Dr John » louche franchement vers les Beatles, période White Album, avec cette familiarité immédiate, toute simple, quintessentiellement pop. La finesse d’une ballade pleine comme l’est « By The Time » induit que Mika devrait creuser plus encore cette piste, au lieu de se laisser aller à ces up tempos sautillants et un peu chargés, car c’est là que réside l’écueil de ce deuxième album, une certaine uniformité qui finit par dissoudre les qualités mélodiques de ses chansons dans une sorte de frénésie un peu brouillonne, qui voudrait trop bien faire. Un peu de dépouillement ne nuit pas.
À cet égard, la fin de l’album est plus allégée : « Boy Toy », par exemple, repose sur un piano, des violons et quelques vents, et montre une fraîcheur renouvelée. Tandis que « Pick Up the Floor » clôt le voyage sur un tempo moyen, toujours mené par le piano (très présent sur la totalité de l’album). En 12 chansons, Mika prouve que son apparition n’aura pas été un feu de paille, et qu’il est bien l’héritier de Sir Elton John, mais ce disque n’a pas la lumineuse évidence de son prédécesseur.
Jean-Eric Perrin
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