La chronique
On pourrait se contenter des gimmicks habituels : Drake, acteur et chanteur, rappeur à succès, célébré comme « rappeur le plus gentil » dans un univers où c'est supposément une tare, confirme le succès d'un premier album avec ce Take Care dont on ne pourrait retenir que la participation de Stevie Wonder, à l'harmonica sur« Doing It Wrong »,de Rihanna, surprenante d'émotion sur la chanson titre, de Nickyn Minaj, Lil Wayne, Rick Ross, Andre 3000, tous les habituels arguments de vente, comme si le bal des puissants suffisait à enchanter un disque.
Mais là n'est pas l'essentiel, avec son down tempo mélancolique, son pathos, son émotion à fleur de peau, sa douceur nocturne, Drake repeint le R&B comme Kanye West avait repeint le rap avec 808 & Heartbreak. En lui inventant de nouvelles couleurs, faites de voiles de musique, de bribes de sonorités bien plus intéressantes que les gros effets spéciaux vulgaires des blockbusters. Sur cette trame impressionniste, le Canadien dépose ses lamentations avec une rare conviction, et réussit l'exploit de ne pas lasser tout au long d'un album de 18 titres.
Vulnérable et introspectif, ce R&B rap souvent sombre et lent n'en est pas pour autant émollient, il provoque au contraire, force l'attention, exige de se laisser emporter par ces flows de confidence et de désabusions.
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