La chronique
Un riff farfelu et insolent comme un diablotin surgissant de sa boîte : voilà comment débute le premier album – éponyme – de System Of A Down. Excellente introduction, dynamique et accrocheuse en diable, « Suite Pee » résume assez bien le son du groupe, mélange de ludisme, de lourdeur et d’emphase. Avec des paroles abordant le sujet des sectes, ce morceau annonce aussi d’emblée l’inclination du groupe pour les sujets politiques et sociaux, à la façon de Rage Against The Machine. La pochette, œuvre d’un artiste allemand anti-nazi (le texte dans l’affiche originelle est : « La main a cinq doigts. Avec ces cinq-là, attrapez l’ennemi ! »), donne le ton : il s’agit de rock militant, de révolte contre l’infâme. Les textes, d’ailleurs, traitent tour à tour de la guerre (« War ? »), des sectes (« Sugar », « Suite Pee ») ou encore du génocide arménien (« P.L.U.C.K. ») – sujet cher à ces Arméno-Californiens. Le reste de l’album n’a de cesse de confirmer la forte impression du premier morceau : souvent rattaché au « néo-metal », le quatuor plane à cent pieds au-dessus des autres groupes, qui pullulent alors. S’il se détache des jérémiades du « néo-metal » par des paroles « engagées », System Of A Down s’en distingue aussi par un son unique qui tient en bonne partie à une influence musicale orientale, tribut à ses origines arméniennes. L’album révèle aussi l’un des tout meilleurs chanteurs apparus dans le metal américain à cette époque, doté d’un réel sens théâtral, capable de moduler – dans la droite lignée de Mike Patton (Faith No More, Mr Bungle) – du chant mélodique solennel au grondement death, en passant par toutes sortes de voix ou de lignes de chant fantaisistes, dignes de comptines ou de personnages de cartoon. System Of A Down contient une bonne moitié de potentiels tubes metal, dont plusieurs demeurent des classiques du groupe en concert, des puissants « War ? », « Know » et« Sugar » au sautillant « Suggestions », en passant par le grandiose « Spiders », au lyrisme sombre et solennel. Dans son creusot metal, System Of A Down mélange la fantaisie de Primus (le potache en moins), la férocité du thrash metal, l’engagement et les slogans martelés à la façon de Rage Against The Machine, un son de guitare mastoc et une rythmique lourde et changeante réminiscents de Helmet, des mélodies orientalisantes, ainsi que l’influence des chanteurs de Bad Brains (« H.R. ») et de Faith No More (Mike Patton). Mais System Of A Down a d’emblée dépassé le stade de la citation et créé un son personnel, qu’il impose avec force. Voilà tout simplement du metal américain dans ce qu’il peut avoir de meilleur à la fin des années 90. Mikaël Faujour
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