La chronique
Madame De entame donc la décennie comme elle a initié la précédente, proposant des compilations thématiques, rendant un hommage, parfois biaisé, à un artiste (Bowiemania, 2007), ou à un genre musical (Love from Jaïpur, 2009). Elle porte en conséquence ici son dévolu sur le swing, forme du jazz américain apparu dans les années trente, et, sensible évolution de la musique de La Nouvelle-Orléans (même si considéré par le grand Louis Armstrong comme une simple étiquette de plus), et faisant la part belle aux cuivres.
On est naturellement en la matière bien loin de toutes considérations encyclopédiques, avec dix-neuf pièces qui pratiquent le subtil art du décalage, souvent nimbées des cris d'enthousiasme d'une audience qu'on suppose enfumée, pour faire plus vrai. Ainsi, le duo electro Moloko ouvre le bal avec une version boogie de leur tube « Sing It Back », suivie des chantres du nu-jazz teuton Club des Belugas (un groupe portant un nom pareil ne peut être que talentueux), dans une reprise du standard « It Don'T Mean A Thing », puis de la Canadienne Molly Johnson, et des inénarrables faux vieux Pink Turtle (qui ceinture de clarinette et trompette bouchée le craquant « Walk On The Wild Side » de Lou Reed).
On nous propose également quelques incunables (Louis Prima, enfin débarrassé de l'encombrante armure de « Just A Gigolo » pour un digne « Sing, Sing, Sing », ou le tromboniste Curtis Fuller, qui pourrait bien se demander, ancien compagnon de John Coltrane, ce qu'il fait en pareille compagnie). La brigade francophone est représentée par les chantres de l'electro-swing Caravan Palace, ou le toujours très distingué Alain Chamfort (toutefois définitivement moins à l'aise face à un grand orchestre qu'un Henri Salvador), ainsi que par Johnny Hess, initiateur du terme zazou dans son immortel refrain « Je Suis Swing ». L'écoute in extenso du programme (cela dure plus d'une heure, tout de même) peut renvoyer le troublant sentiment que tout (les affres de la course du monde, par exemple) se résout en un simple claquement de doigts.
Comme dans la série X-Files, la vérité est ailleurs, mais n'en interdit pas moins de goûter, sourire vaguement niais et fourmis dans les jambes, le plaisir de certains étranges appariements (les hip-hopers de Belleruche précédant par exemple l'immarcescible Harry Nilsson), et le goût souvent acidulé de mélodies faciles, et d'aimables virtuoses.
Christian Larrède
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