La chronique
Sortir constitue donc la bande originale d’un film imaginaire, dont les images et scènes furent assez insistantes, au cœur et à l’esprit de Gérald de Palmas, pour l’adjoindre, près d’une année et demie, au confinement, pratiquement autarcique, dans un studio. En fait, il n’y aura guère qu’Eagle-Eye Cherry (dans une « Pandora’s Box », tube transfrontalier objectif, en anglais dans le texte, à la scansion particulièrement groovy, et écrit à quatre mains) pour rompre cet exil intérieur, et volontaire.
Pour le reste, et après cinq années de silence apparent – pour un cinquième album - (suite donc d’Un Homme Sans Racines), ces sessions d’un homme manifestement soucieux de rompre les habitudes ont été écrites, composées, jouées, enregistrées, mixées, et réalisées par de Palmas. On pourra, par conséquent, sans crainte évoquer un projet intime, proche de l’os. Le musicien a joué avec les machines, comme un enfant enivré de sa propre virtuosité technologique. Puis, il est partiellement revenu aux chaudes sonorités acoustiques des guitares.
Le compositeur a décliné quelques fixations cinéphiles (John Barry, metteur en son reconnu parmi les plus grands, de James Bond à Amicalement Vôtre, en passant par Out of Africa), et autres polychromies harmoniques (The Beatles du Magical Mystery Tour) : ainsi s’explique le majestueux, énigmatique, et mélancolique cor anglais qui débute « Au bord de l’eau » (premier single choisi), en ouverture de programme. Et, toujours le cinéma, à l’instar d’ « Indemne », où des bruits de salle de projection en noir et blanc nappent la mélodie.
L’auteur a creusé ses obsessions, qui sont celles de son temps, revendiquant une compassion humaniste inusitée, bien loin du caractère maniaco-dépressif dans lequel on a voulu l’enfermer. Et l’artisan, enfin, a sculpté une collection de onze chansons à forte identité, conçues chacune comme des entités propres, plutôt que de banals produits manufacturés.
Avec Sortir, De Palmas (qui ressemble de plus en plus à Manu Chao) a voulu sortir de ses habitudes, des conventions, et d’un personnage dans lequel il ne se reconnaissait plus vraiment. Ce faisant, il nous fait revenir dans son univers, modeste et sensitif comme l’odeur de l’humus du matin, et profondément original. Et humain.
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