La chronique
Artistiquement, ce duo enserre de façon inédite (et particulièrement talentueuse) les deux préceptes fondateurs du reggae et du dancehall : John Taylor, dit Chaka Demus, y décline le versant rauque et péremptoire d’une belle voix de rogomme, alors qu’Everton Bonner, surnommé Pliers, déroule une suavité vocale héritée de Curtis Mayfield, et autres grands séducteurs du micro.
Humainement, l’aventure des deux Jamaïcains reste complètement inédite, dans la mesure où ils ont connu le succès chacun de leur côté avant de se retrouver : le premier a enregistré quelques faces mémorables en compagnie de Yellowman, le deuxième a connu un succès planétaire grâce à sa reprise du « Bam Bam » de Toots & The Maytals. Commercialement, et l’union faisant la force, Chaka Demus & Pliers ont placé trois de leurs singles dans les charts britanniques (dont une adaptation du « Twist and Shout » immortalisé entre autres par The Beatles), et bénéficient en conséquence logique avec So Proud d’une première authentique distribution internationale.
Enregistré à Kingston, l’album propose une très large sélection (dix-sept chansons au menu) de compositions originales (même si l’on peut y dénicher la reprise du « It’s You It’s You », de nouveau des Maytals), et exsude une véritable joie de vivre (qui contraste avec les concerts du duo dans leur pays d’origine, où la tension érotique de leurs prestations se résout généralement à coups de fusils à pompe). Chaka Demus & Pliers ont conservé le balancement sensuel du reggae, et y ont adjoint la luxuriance mélodique de la pop internationale, ce qui leur permet de séduire de front les audiences anglo-saxonnes, qui y voient une bonne latitude pour aborder cette musique par sa face la plus harmonieuse, voire mélancolique.
Quelques notules d’arrangements bienvenus (la guitare acoustique de « Treat Her Right », exercice en solo de Pliers), l’inspiration ensoleillée, et le plaisir sans arrière-pensée que la musique y génère, attestent que les deux se positionnent sur la rampe de lancement d’une nouvelle sensation du genre.
Christian Larrède
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