La chronique
Comme elle l'avait prouvé avec un premier album d'un rock classique, mais sauvagement défendu sur scène (Izia, 2011), la fille de Jacques Higelin en a sous le capot. Cette énergie savamment maîtrisée lui a permis de tenir tête aux sceptiques et d'enchaîner avec bonne humeur sur un second album. Ce n'était pas une mauvaise idée : So Much Trouble enfonce le clou en démarrant sur les chapeaux de roue avec « Baby », instantané rock où Izia s'égosille toujours autant, et toujours avec une classe innée.
Si Izia verse toujours dans le rock'n'roll sulfureux, elle semble s'être détachée des riffs transpirants de sueur des années 1970. Cependant, elle a laissé ses posters de Led Zeppelin et d'AC/DC au mur et n'en a pas moins révisé ses classiques, du côté féminin cette fois (de Patti Smith à PJ Harvey)... La jeune femme de 21 ans réussit à changer la donne en introduisant un piano qu'on imagine d'un noir d'ébène, prêt à être piétiné par ses talons aiguilles, et très efficace sur le groovy « I Hate You », belle clôture d'album par excellence.
Elle joue des modulations de voix sur « So Much Trouble ». S'avèrent d'assez bonne facture - sans pour autant être captivants - les violons épiques de « Twenty Times a Day », le sex-appeal de « I Can Dance » ou la frénésie hargneuse de « Top of the World ». Long de 6 minutes, « Penicilline » décline les états d'âme d'Izia, sans grande originalité mais avec conviction - l'une de ses plus grandes qualités.
Ici, même les ballades sont électriques : « Your Love is a Gift » et « That Night » (dont l'épure sert remarquablement la voix de son interprète). Et 42 minutes de l'album ont un effet revitalisant plutôt appréciable. Izia ne semble pas prête à renoncer à se faire entendre pour prouver qu'être fille est aussi synonyme de talent. Certes, il est impossible de passer sous silence son évident manque de maturité, qui affadit étrangement ses compositions. Mais il serait aussi malveillant de la décourager, d'autant que ses intentions ont le mérite d'être claires. Tant de franchise honore Izia... sans doute pour très longtemps encore.
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