La chronique
Thomas Dutronc a le sens de la synthèse. Le titre de son nouvel album, aussi long soit-il mérite d'être salué. Allusion au clap cinématographique, à la rondeur vinylique et à la morosité ambiante en un ! Une accroche réjouissante de celui qui a largement dépassé le statut d'héritier.
On le retrouve en pleine forme. Sans baisse de régime. Avec cette pointe de malice nécessaire dans « Demain » dont la légèreté représente bien l'album. « Je fais des économies, je prévois le reste de ma vie » dit-il. C'est que l'économiste Dutronc a des solutions à la crise. « Relançons la consommation » lance-t-il sur un air militaire ! Un morceau jouissif dans l'esprit de « Nasdaq ».
L'enfance n'est pas loin. Le nostalgique « Sac Ado » est un hommage à peine voilé à Souchon. Le texte fait penser au « Bagad De Lann Bihouë » pour ces rêves qu'on abandonne. D'ailleurs, la vie, c'est parfois bien mieux réinventé, comme dans le mélodieux « Clint (Silence, on tourne) ». Le swinguant « On ne sait plus s'ennuyer » décrypte la génération 3G. Avec de savoureuses phrases à la clé (USB). « Ce soir, c'est moi qui sort chéri, comme ça, j'promène un peu l'ordi » dit le chanteur geek. De l'IPhone aux jeux vidéo, il n'y a qu'une touche qui fait bip. L'hilarant « Oiseau fâché » raconte la schizophrénie d'un joueur invétéré qui ne peut plus lâcher la manette.
De son passé dans un groupe, le chanteur a gardé l'envie de faire de l'instrumental. Dutronc sans le texte, ça donne quatre titres. A écouter particulièrement « Gypsy Rainbow » et «Valse en exil ». Il raconte aussi en musique son admiration pour Ninine Garcia, guitariste manouche (« Ninine »). Tout n'est pas ironie. Dutronc sait émouvoir. « Sésame » est une promenade acoustique qui se veut une pure chanson d'amour romantique. Dans le même registre, « Louanges amères » plombe un peu l'avant-fin de ce disque très stimulant. Pas assez pour ne pas le refaire tourner (en rond).
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