La chronique
In fine, tout le monde s'en moque, mais il convient de préciser que Seven Seas est tout ce que l'on veut (un disque de mélopées et d'escapades, de symphonies de poche et d'oratorio marin, de travail d'équipe et de parcours intime), mais pas un disque de jazz, cette musique si agréable à jouer mais parfois ennuyeuse à écouter, qui finit ces temps-ci par ressasser ses archétypes, comme un vieillard réchauffant ses vieux os au pâle soleil d'hiver.
Le constat (faussement iconoclaste, voir plus loin) a de quoi réjouir, car l'on sait que notre ami natif de Jérusalem et désormais résidant à Tel-Aviv revient de loin, et va encore plus loin : d'une enfance dans les kibboutz, et de l'apprentissage de la musique durant son service au sein de l'armée israélienne (pourtant encline à faire plutôt entendre à l'accoutumée de biens étranges harmonies), de la mise en lumière sur la scène internationale par le pianiste Chick Corea, à l'appariement avec quelques figures majeures telles Herbie Hancock ou Bobby McFerrin. Aujourd'hui, Avishai Cohen, sans doute l'un des plus importants contrebassistes de la scène actuelle, est le digne patron de sa petite entreprise, et on s'en réjouirait plutôt.
Car l'essor sus-nommé passe tout d'abord par la constitution d'une garde rapprochée : le jeune percussionniste virtuose Itamar Doari est ici intronisé co-producteur de l'opus, en compagnie du fidèle praticien suédois du fluegelhorn Lars Nillsson, l'oud d'Amos Hoffman enfonce la corne du Moyen-Orient dans les harmonies des dix pièces, et les vocalistes Karen Malka et Jenny Nilsson colorent ce qu'il convient de dénommer parfois chansons de leurs tessitures. Et, en effet, le chant reste l'un des éléments importants du disque, à commencer par celui, onirique ou franchement déterminé, du patron en personne, un instrument qu'il ne s'autorise à utiliser systématiquement que depuis son précédent album Aurora (2009). Entre racines hébraïques, pulsion du jazz et scansion des musiques urbaines, on assiste donc ici à une sorte de synthèse de l'art du musicien, désormais parvenu à une évidente plénitude dans son travail de compositeur (souvent délicieusement illustratif).
Depuis l'époque médiévale jusqu'à nos jours, les sept mers désignent un territoire d'aventures et de découvertes, et l'enfance conserve le souvenir émerveillé des pérégrinations magiques de Sinbad le marin. Seven Seas se pare des mêmes vertus de juvénilité, d'audaces et d'innovations. Et il s'agit, naturellement, du meilleur album à ce jour d'Avishai Cohen.
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