La chronique
Cet album est sorti au mois d’octobre, et il fallait bien cela pour tenter d’effacer les désillusions du joli mois de mai.
Adulé par les médias et le public, Serge Reggiani est en effet devenu, en quelques mois à peine de carrière de chanteur, l’archétype de l’artiste engagé politiquement. Mais sa renommée ne se construit pas uniquement sur le militantisme. Et puis…, d’une certaine manière disque de l’apothéose, décline également le talent du chanteur à dire les affres de l’existence. Troubles de l’âge mûr, amours impossibles, révoltes récurrentes : c’est dans cet écho presque sociologique que Reggiani construira l’extraordinaire empathie qui l’unira au public francophone dans cette fin d’époque (la fin des années soixante), où la France, ne se reconnaissant plus, bascule du particularisme culturel à la mondialisation.
En ce sens, Et Puis… est un disque de défaites, et de mort. Défaites d’un désir inassouvi (« Il suffirait de presque rien », titre choisi pour les diffusions en radio, et nouveau classique signé Dabadie et Datin, sur l’amour impossible entre un quadragénaire et une Lolita), et de la nostalgie (« La Vieille », évocation en creux de la mère tant aimée). La mort est également présente, grinçante (« L’homme fossile », ou « La Java des bombes atomiques », nouvelle composition de Boris Vian), historique (avec ces mercenaires que plus personne n’appelle aujourd’hui « Les Affreux »), ou politique (« L’enfant et l’avion », évocation sans la nommer de la guerre du Viêt-Nam).
Ici, le temps passe (« Votre fille à vingt ans », ou le faussement désinvolte « Moi j’ai le temps »), les destins se brisent (« La Maumariée – La Mal mariée », apport inédit en voix de femme d’Anne Sylvestre), et ce n’est pas vraiment drôle. Georges Moustaki, côte à côte avec d’autres partitions, signe ici un nouveau chef d’œuvre (« Madame Nostalgie »), et l’osmose est encore une fois totale entre les mots de l’auteur, les émotions du public, et la voix du chanteur.
L’édition originale du disque laissait figurer un 17 centimètres, et deux chansons supplémentaires : un « Gaspard » de Paul Verlaine mis en musique par Moustaki, et la terriblement actuelle « Ballade des pendus » de François Villon.
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