La chronique
Croire aux contes de fée n'interdit pas de serrer des fesses : jeune Belge par ailleurs étudiante en psychologie à l'université catholique de Louvain, ce qui n'a aucun rapport, Selah Sue, dotée de cette voix qualifiée de noire par le public blanc, a attiré l'attention de certains futés producteurs à l'occasion d'un concours de musique, provoqué un buzz désormais banal sur le net (grâce au très explicite « Ragamuffin », présent ici), puis s'est retrouvée emportée dans le rêve éveillé d'un premier album. Quelques notabilités ont en effet accepté d'aider la jeune fille (elle est âgée d'à peine plus de vingt ans) dans la conception de ce premier effort.
L'allemand Patrice a co-produit les douze chansons, le rappeur américain Cee-Lo Green duettise sur un « Please » de tranquille obédience (l'immédiateté des sixties, le funk moite des seventies, et des harmonies contemporaines en direct de la jungle), alors que Meshell N'degeocello réalise « Mommy », bel hommage dénudé (une guitare acoustique, des claviers rêveurs, et c'est tout), à la maman de la chanteuse.
Certes, Mam'zelle Sue place plus souvent qu'à son tour, et c'est bien naturel, ses pas dans ceux de ces impeccables aînés, jusqu'au troublant mimétisme (« Explanations » donne le sentiment d'avoir affaire à un Patrice au féminin). Mais cet album, dont elle a composé les musiques et écrit les textes, permet à la chanteuse de démontrer l'extrême capacité qu'elle a à aborder funk acoustique, ballade romantique, dub ou rock groovy.
Quant au serrage de fesses précité, il convient de préciser que l'on s'est empressé ici ou là de comparer Selah Sue (qui s'est également vue proposer par Prince un opening-act outre Quiévrain) à Amy Winehouse, responsable d'un formidable album, mais depuis locataire des tabloïds spécialisés dans l'addictologie, et les problèmes judiciaires : espérons que l'analogie sera circonscrite au strict domaine musical, ce qui permettrait à la néophyte de rapidement supplanter son aînée.
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