La chronique
Difficile de concevoir qu'à vingt-cinq ans, on ait pu être une rock-star influente et admirée de tous avant de retourner brutalement dans l'ombre, ou du moins dans la pénombre. C'est pourtant ce qui est arrivé à The Coral, groupe qui, rappelons-le, a percé juste avant l'avènement du téléchargement, des vidéos en ligne et du peer-to-peer et n'a pas voulu jouer ce jeu, croyant en la seule force de ses chansons : de quoi passer pour un dinosaure auprès de la majorité des teenagers.
Certains de ses membres ont pris la chose avec philosophie, d'autres en ont conçu beaucoup d'amertume, tel le guitariste Bill Ryder-Jones, qui souffrait déjà un peu de la main-mise de Nick Skelly sur la formation et s'est alors abîmé dans les paradis artificiels. Le pauvre ayant, par la force des choses, dû céder encore plus de terrain lors de la conception de l'album, Skelly réaffirme donc sa position de leader sur ce Roots & Echoes et privilégie la six-cordes (se risquant même à l'acoustique), l'orgue étant volontairement mis en retrait.
Les accords cristallins des guitares, les sonorités très « naturelles » et les incursions du groupe dans la country teintée de psychédélisme (« Cobwebs Of My Mind ») donnent l'impression que Skelly se voit alors comme une sorte de Roger McGuinn de Liverpool - est-ce d'ailleurs un hasard si la pochette semble renvoyer à celle de l'album de reformation des Byrds originaux, sorti en 1973 ?
Quoi qu'on en pense, le groupe opère ici un beau retour aux sources, à ses « racines » - mais elles sont si nombreuses qu'on ne peut les définir avec certitude -, n'hésitant pas à faire à nouveau appel à Ian Broudie, son premier producteur, qui reste quand même d'une grande discrétion, sauf sur le dernier titre, où il supervise des arrangements de toute beauté.
Manifestement, Nick Skelly n'a rien perdu de sa verve et, tel les grands crus, il semble même s'améliorer en vieillissant : ses chansons, solides et plaisantes, restent des modèles d'efficacité (« In The Rain », « Fireflies »), tandis que le son, impeccable et travaillé, est débarrassé des quelques impuretés qui pénalisaient un peu les albums précédents (tout en faisant leur attrait, aussi). Tout dans Roots & Echoes respire l'amour du travail bien fait et le souci de satisfaire le fan, ce qui donne encore une belle réussite pop, comme seule ce groupe désormais trop sous-estimé en est capable – ce n'est pas pour rien qu'il a été tellement copié par ses confrères.
Le public, versatile, ne lui a pas réservé l'accueil qu'il méritait, mais le disque, lui, restera.
Frédéric Régent
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