La chronique
Rouler les papiers, pour un rappeur condamné en pleine ascension pour possession d'herbe qui fait rire (en 2010) relève du pléonasme... Mais ce troisième album du rappeur de Pittsburgh, le premier pour une major du disque, ne se limite pas à vanter les plaisirs de la fumée illégale, il s'intéresse à d'autres plaisirs de la vie (les femmes, la fête...), autant dire qu'il ne révolutionne en rien le genre.
Il se contente d'y apporter son grain de sel, à commencer par un flow paresseux, laid back, cool et juvénile, qui parfois frise la « conversation » plus que le rap. On croise sur cet album le hit « Black & Yellow », les couleurs de l'équipe de football américain Pittsburgh Steelers, qui a bien entendu adopté cette chanson comme hymne officiel. « Roll Up » (décidément !) est tout aussi calibré pour faire un hit, avec son refrain accrocheur et ses effets d'autotune léger sur une mélodie enveloppée de claviers, car Wiz Khalifa est avant tout un rappeur mélodique.
Elève de l'école Lil Wayne, mais en plus poli, il figure exactement ce qu'est le rap américain de 2011 : une machine à cultiver l'hédonisme, emballée dans une culture pop electro apte à séduire clubs et radios. Pour la substance et le contenu, on repassera, ce n'est pas le propos, Khalifa a trop à faire à creuser son sillon d'une popularité dont il sait qu'elle durera le temps qu'un autre prenne sa place. D'ailleurs il entame son album avec « When I'm Gone » qui raconte exactement ça : le déclin annoncé de son étoile, et par conséquent l'envie de profiter des choses (filles, argent, alcools forts et bon gros spliffs) tant que ça dure. Les effluves de la marie-jeanne si souvent célébrée ici n'ont donc pas tant que ça effacée sa clairvoyance !
Dans cette entreprise d'un album de formule, il mène sa barque sans trop de renfort, on note la présence du pionnier d'Oakland Too Short, sur le prévisible « On My Level », et de Curren$y sur « Rooftops », où il vole presque la vedette à son hôte. Condensé d'un genre musical basé sur la célébration du cash, Rolling Papers ne peut offrir que ce qu'il a : de l'entertainment volatil.
Jean-Eric Perrin
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