La chronique
Les drôles de chapeaux de ce zozo de la soul music auront finalement détourné les méchantes langues de l'essentiel (la musique proposée par le chanteur Jay Kay et la bande de Londres), pour ne se fixer que sur l'accessoire (un succédané de Stevie Wonder blanc, et à plumes).
Un coup d'?il sur les performances du combo (régulièrement au sommet des charts à la maison, bien évidemment, mais également en Australie, Italie, ou...France) attestent qu'il y a parfois un gouffre entre l'acrimonie des critiques, et les attentes du public. Et point besoin d'une boule de cristal pour spéculer sur le sort réservé par les uns, et l'autre, à Rock Dust Light Star.
Ce septième album studio interrompt donc un silence de cinq années (en partie conséquent d'un changement de label), mais pose benoîtement ses pas dans ceux de son prédécesseur : saxophones hurleurs, guitares sinueuses (les Isley Brothers faisaient très bien cela dans la dernière partie de leur carrière, sans parler de Sly Stone), basses aux cordes écartelées, servent de couffin à la voix, à l'indiscutable rayonnement soul. Tout au plus relèvera t'on l'adjonction de ch?urs (manifestement directement chipés au transept d'une église baptiste), rayonnant sur le très entraînant « Hurtin' ». Néanmoins, ceux qui attendaient une nouvelle livraison de smash hits trépidants à bon compte en seront pour leur frais : l'album se veut avant tout climatique, articulé autour de tempi médiums, et d'exhortations liturgiques.
D'une ouverture (« Rock Dust Light Star ») en réminiscence de lustres anciens, à un premier single autobiographique (Kay ou les affres de la rock star dans l'élastique « White Knuckle Ride »), en passant par quelques somptueuses ballades (l'orchestration des cordes, pleine de munificence, dans « Lifeline »), ou l'irruption contrôlée de l'Afrique (l'opus se conclue par un « Hey Floyd » tapissé de percussions de poche crépitantes), cet album du retour recèle assez d'innovation, de surprises, et de savoir-faire tout à la fois, pour remettre instantanément Jamiroquai en devant de scène (on prend les paris).
Des sessions qui, et là encore le temps parlera, s'identifieront vraisemblablement comme le disque de la maturité, dans leur extrême capacité à ressusciter les parfums capiteux de la soul californienne des seventies. A noter qu'outre une édition standard, Rock Dust Light Star bénéficie d'une édition réservée au marché japonais (et incluant un titre supplémentaire), d'une version luxe offrant six prises alternatives ou chansons inédites, ainsi que d'une édition vinyle.
Christian Larrède
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